Chroniques de Jérusalem
7.8
Chroniques de Jérusalem

BD franco-belge de Guy Delisle (2011)

Quand un touriste sceptique affronte la ville des paradoxes

Avec Chroniques de Jérusalem, Guy Delisle nous offre une immersion décalée et sans filtre dans l’une des villes les plus fascinantes et complexes du monde. Armé de son crayon, d’un regard acéré, et d’un humour pince-sans-rire, il se transforme en observateur candide mais jamais naïf des contradictions qui animent Jérusalem.


L’album se déroule durant une année passée sur place, tandis que Delisle accompagne sa compagne engagée dans une mission pour Médecins Sans Frontières. Entre balades dans des quartiers où l’histoire semble sortir des pavés, et déambulations dans un quotidien rythmé par les checkpoints et les tensions religieuses, Delisle croque avec ironie et sensibilité une mosaïque de situations qui oscillent entre le burlesque et le dramatique.


Le dessin minimaliste et efficace de Delisle est parfait pour cet exercice. Chaque trait semble pesé, chaque case raconte avec une économie de moyens qui donne d’autant plus de force à ses observations. Mais cette simplicité graphique contraste avec la complexité du sujet, et c’est précisément ce contraste qui rend l’album si percutant. Vous rirez d’un épisode où il galère avec un appareil photo dans un quartier ultra-orthodoxe, pour être ensuite cueilli par un moment plus grave, comme une discussion sur les injustices du mur de séparation.


Le ton du récit est souvent humoristique, mais sans jamais tomber dans le cynisme. Delisle sait doser son ironie, utilisant son regard extérieur pour souligner les absurdités du quotidien, tout en respectant la gravité des enjeux qu’il décrit. C’est un équilibre délicat, et l’auteur s’en sort avec brio, même si certains pourraient trouver que l’humour atténue parfois l’impact des drames évoqués.


Mais si Chroniques de Jérusalem est une réussite, il n’est pas exempt de critiques. L’aspect "journal de bord" peut donner une impression de répétition, et certains passages semblent moins aboutis que d’autres. On pourrait aussi regretter que Delisle, en tant qu’observateur extérieur, reste parfois en surface de certains sujets. Mais peut-être est-ce là son intention : montrer qu’il est impossible de vraiment comprendre Jérusalem, même en y vivant.


En résumé, Chroniques de Jérusalem est une œuvre captivante et riche, qui jongle entre rire et réflexion avec une aisance admirable. Un album qui prouve qu’avec un carnet et un crayon, on peut rendre les complexités du monde aussi accessibles qu’un bon café sur une terrasse ensoleillée.

CinephageAiguise
8

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Les meilleures BD de 2011

Créée

le 20 janv. 2025

Critique lue 6 fois

Critique lue 6 fois

D'autres avis sur Chroniques de Jérusalem

Chroniques de Jérusalem

Chroniques de Jérusalem

8

villou

le 4 mars 2013

Suivre

J'ai visité Jérusalem

Je savais pas trop où partir pour les vacances. J'ai pas visité beaucoup de pays et j'ai pas énormément de sous en poche, mais pour 25 euros, j'ai trouvé une chouette destination : Jérusalem. Le...

Chroniques de Jérusalem

Chroniques de Jérusalem

6

Rohagus

le 24 oct. 2011

Suivre

Critique de Chroniques de Jérusalem par Rohagus

Avec Shenzhen, Pyongyang, Chroniques Birmanes et aussi une participation à L'Association en Inde, Guy Delisle s'est fait depuis des années une réputation d'auteur de carnets de voyage nous racontant...

Chroniques de Jérusalem

Chroniques de Jérusalem

8

Cyann_Kairos_De

le 22 août 2013

Suivre

Critique de Chroniques de Jérusalem par Cyann Kairos De Ligre

quel plaisir de retrouver Guy Delisle dans un nouveau périple, et cette fois ci à Jérusalem. connaissant le personnage, on se dit que l'on ne va pas être déçu par son carnet de bord dans un tel lieu...

Du même critique

L'Iris blanc - Astérix, tome 40

L'Iris blanc - Astérix, tome 40

7

CinephageAiguise

le 31 janv. 2025

Suivre

Peace, amour et baffes gauloises

Astérix, c’est un peu comme un banquet chez Abraracourcix : on y revient toujours avec plaisir, même si parfois le sanglier est un peu moins savoureux que d’habitude. Avec L’Iris Blanc, Fabcaro prend...

Star Trek : Discovery

Star Trek : Discovery

6

CinephageAiguise

le 15 mai 2025

Suivre

Dans l’espace, personne ne vous entendra pleurer sur la continuité

Si Star Trek: Discovery était un vaisseau spatial, ce serait un vaisseau flambant neuf, blindé d’effets spéciaux, lancé à pleine vitesse... dans une direction scénaristique qu’on a oubliée de...

Histoire du Chevalier des Grieux et de Manon Lescaut

Histoire du Chevalier des Grieux et de Manon Lescaut

7

CinephageAiguise

le 27 févr. 2025

Suivre

Ou comment ruiner sa vie en trois décisions stupides

Si tu pensais que les grandes histoires d’amour du XVIIIe siècle étaient toutes romantiques et pleines de sagesse, l’Abbé Prévost est là pour te prouver que non, on peut aussi écrire un best-seller...