J'aime bien ce que fait Golo. C'est un auteur de bandes dessinées qui ne publie que lorsqu'il a quelque chose d'original et d'intéressant à dire.
Cette bande dessinée raconte, à deux voix, celle de Golo et celle de Dibou, une ancienne marketeuse qui vers la cinquantaine a un coup de coeur pour l'Egypte et décide de s'y installer, de s'associer avec un local pour ouvrir une boutique et de monter un atelier pour les enfants qui mendient. Les deux personnages apprennent à vivre au rythme du village de Gournah, proche de la vallée des Rois, dont les habitants ont une réputation de pilleurs de tombes.
On apprend à suivre le rythme égyptien, où chaque démarche administrative demande des trésors de patience, mais où la construction peut se faire très rapidement. On croise surtout une multitude de personnages attachants. Des étrangers, comme les touristes américains / allemands, ou une équipe de fouille italienne. Des locaux, comme le Fanan, un hableur qui parle anglais ; cheikh Aly, ancien patron d'hôtel vieux mais très costaud ; Aly et Zeitoun, deux constructeurs de maison ; les enfants du coin.
Vers la fin du livre, le ton change.
Car on comprend que le gouvernement égyptien, qui mise sur l'industrie touristique de masse, veut chasser ces locaux. On voit donc le programme de relogement de force des Gournawis, dans un village éloigné aux maisons raccordées à l'eau, mais aux murs peu solides, et surtout la destruction du village par les bulldozers. La dernière image, comparant une photo du village et une autre, récente, montrant une butte de terre dont toute trace d'habitation a été enlevée, est particulièrement frappante.
On comprend donc que ce qui semblait être au départ un simple carnet de voyage est en réalité une sorte de mémorial en bandes dessinées d'une communauté qui a disparu. C'est ce qui rend ces Chroniques de la nécropole (le titre a d'ailleurs raison de ne pas fournir d'indices) si attachantes.