Bon. Il faut qu’on parle de Comanche.
Mais d’abord, un peu de contexte.
Dans un premier temps, Comanche fut le fruit de la collaboration entre Michel Régnier (Greg) et Hermann Huppen (Hermann) : le premier au scénario, le deuxième au dessin.
Tout a commencé au milieu des années 1960. Devenu rédacteur en chef du Journal Tintin, Greg a souhaité publier un western alors qu’on était en plein dans l’âge d’or du genre et que les concurrents faisaient paraître des séries très populaires (Jerry Spring chez Spirou, et surtout Blueberry chez Pilote).
Greg fit appel à Hermann pour le dessin, et la première planche de Comanche est publiée en décembre 1969 dans Le Journal Tintin.
Tous les deux vont travailler sur 10 albums ainsi que sur 3 histoires courtes qui sont compilées dans cette superbe édition en noir et blanc composée de deux tomes volumineux. Hermann quittera ensuite le navire, et Greg s’associera avec Michel Rouge pour encore quelques albums qui sont bien moins considérés et qui ne nous intéressent pas ici.
Ce premier volume de l’intégral de Comanche by Greg & Hermann est donc constitué des 5 premiers tomes de la série ainsi que de deux histoires courtes (Le Prisonnier et Souviens-toi, Kentucky...).
Premier tome : Red Dust
Ce tome est une véritable introduction à l’univers de Comanche, où l’on nous présente les personnages qu’on suivra tout au long de la série ainsi qu’un lieu appelé à devenir iconique : le ranch « Triple Six ». De mon point de vue, c’est un album sans grand enjeu et l’un des moins intéressants de la série.
Deuxième tome : Les Guerriers du désespoir
L’histoire oppose indiens et travailleurs de la West Pacific Railroad sur fond de problème de ravitaillement. Un des meilleurs de la série.
Troisième tome : Les Loups du Wyoming
Une lutte intense contre le clan des frères Dobbs. Enfin intense, j’y reviendrai… C’est également l’un de mes albums préférés.
Quatrième tome : Le ciel est rouge sur Laramie
C’est en quelque sorte la suite du précédent, et la conclusion de cet arc narratif. Pour la première fois, Red Dust quitte le ranch, et ça fait du bien.
Cinquième tome : Le Désert sans lumière
Red Dust a purgé sa peine. Il peut retourner auprès des siens mais n’a plus le droit de toucher aux armes. Malheureusement, un nouveau danger guette.
Ce qui frappe au premier coup d’œil, ce sont d’abord les dessins d’Hermann. Ils sont tout simplement magnifiques. Chaque planche, chaque case regorge de détails. Tout est généralement très lisible, y compris l’action. Le noir et blanc ne m’a pas du tout dérangé, on s’y habitue très vite et je me suis rendu compte que l’absence de couleur met vraiment en valeur le dessin.
Petit à petit, au fur et à mesure des histoires, on voit l’environnement de nos personnages évolué avec l’arrivée de la « civilisation ». Au départ au bord de la faillite, le ranch Triple Six s’enrichit et se développe jusqu’à atteindre une certaine renommée.
C’est au niveau des personnages et du scénario où je suis bien plus mitigé. Alors, soyons clair : cet intégral est de qualité et se lit très bien. Mais, durant ces 5 albums, je ne me suis jamais vraiment attaché aux personnages. Red Dust est un héros trop lisse, sans vraiment de défaut, toujours à faire les bons choix, les bonnes actions. Les personnages secondaires qui l’entourent ne sont pas mieux, et ils n'ont pas vraiment d’évolution.
Du côté des méchants, c’est généralement assez caricatural : les méchant sont très méchants, point.
Les deux personnages qui m’ont le plus intéressé sont Kentucky et Braggshaw, parce que ce sont justement des personnages assez nuancés et qui ont de très bons talents de tireurs.
Malheureusement, le choix est fait de les éliminer assez rapidement dans leur histoire respective. C’est vraiment dommage, parce qu’il y avait matière à creuser et à proposer quelque chose de meilleur avec eux.
J’ai trouvé que les scénarios manquaient de consistance. Ce n’est pas tant les histoires proposées qui posent problème, car une histoire simple mais bien racontée sera toujours meilleure qu’une histoire qui se veut « complexe » mais qui se perd dans ce qu’elle raconte.
Le problème ici c’est d’abord le choix de placer la plupart des intrigues au même endroit. Ça limite les possibilités, et c’est plutôt en décalage avec tous les autres westerns que j’ai pu lire, où le héros voyage toujours dans l’Ouest américain.
L’écriture est un peu toujours similaire et n’est jamais parvenue à vraiment m’emporter. Le dernier acte est souvent bâclé, la résolution trop facile. On n'a pas vraiment peur pour Red Dust et ses amis.
Il manque à Comanche le spaghetti d’un Durango, l’âpreté d’un Jusqu'au dernier, l’émotion d’un Hoka Hey !, l’humour d’un Lucky Luke, l’épique d’un Blueberry ou encore la classe d’un héros comme celui d’Undertaker. Bref, j’ai l’impression d’avoir vu mieux ailleurs.
Et puis je ne comprends pas le titre. Dans toutes les autres BD que j’ai citées, le titre a un sens. Il fait soit référence au personnage principal, soit à un élément de l’histoire.
Comanche n’est qu’un personnage secondaire qui n’est pas plus développé qu’un autre. C’est la propriétaire du ranch, le personnage féminin le plus présent, elle a un caractère assez fort... et ça s'arrête là. Son nom, qui renvoie à une tribu indienne, n’est jamais expliqué. Mais peut-être que cela sera le cas par la suite…
Ma critique du deuxième volume ici.