Beau sujet, avec le passage traumatique au centre. Ça a été écrit par un showrunner de série, ce qui a des avantages et des inconvénients.
Donc Contrition, en Floride. Seul endroit où peuvent vivre les délinquants sexuels que la loi interdit de vivre à moins de mille pieds d'un endroit où étudient ou jouent des enfants. Pas une ville violente. On y trouve d'anciens monstres dont la vie s'est arrêtée, qui vivent en parias et vont à la masse.
Et, bon, le cadavre de Christian Nowak, pédocriminel, est retrouvé chez lui brûlé. On pourrait croire qu'il s'est endormi et que sa cigarette a mis le feu à sa maison. Mais pour un des pompiers, ça ne colle pas. Et il en parle à Marcia Harris, une journaliste afro-américaine du journal local qui végète avec un jeune enfant et un mari pas méchant, mais pas très soutenant. Marcia prend contact avec Walden, de l'unité de suivi des délinquants sexuels à Palm Beach. Elle contacte aussi Erika Carter, une photographe qui a fait un livre sur Contrition. Surtout, l'autopsie découvre vite que le cadavre n'est pas celui de Nowak, mais d'un autre résident mort un mois plus tôt. Et qu'un autre résident, Tomasson, qui n'était pas délinquant sexuel, ne vient plus non plus. Marcia va hypothéquer sa maison et se brouiller avec son mari pour continuer à enquêter.
Les chapitres suivants montrent que Tomasson a aidé Nowak à mettre en scène sa mort. Ils remontent jusqu'à Yemassee, en Caroline du Sud, et se planquent. Tomasson songe à partir, mais il surprend Nowak en train de reprendre ses réflexes de prédateur.
Le chapitre suivant change complétement de ton. On suit un jeune garçon, Josh Martin, dont le père est parti enquêter en Irak sur Abou Ghraïb. Mais Josh est victime de harcèlement grave à l'école (d'autres s'amusent à lui pisser dessus), et se réfugie dans un jeu vidéo. Mais sur un forum pour finir ce jeu difficile, il tombe sous l'emprise d'un pédocriminel : Nowak. Josh se suicide, sa femme l'apprend au volat et sombre dans le coma. Et le père, qui rentre, est en fait... Celui qui se fait passer pour Tomasson.
On revient ensuite à l'enquête de Marcia, qui patauge. Puis un recoupement permet d'identifier Josh, et de voir que Tomasson était Martin. De toute façon, après avoir été séquestré, Nowak est ramené inconscient à Contrition. Martin disparaît mais envoie son journal à Marcia, qui va pouvoir écrire un livre.
Le rythme est efficace, avec des personnages marquants qui rappellent des séries à la True Detective. Le passage le plus marquant est celui sur l'emprise du jeune garçon qui tombe dans les griffes d'un pédocriminel. En soi la bande dessinée est plutôt suggestive, elle évite le trash mais sait faire forte impression.
J'aime beaucoup, beaucoup le style graphique à la Milton Canniff, tout en applats d'ombres. Le découpage est très réussi, mais il y a quelque chose d'un peu stéréotypé comme pour une série. Les répliques qui amorcent des ellipses tombent au bon moment, c'est un peu trop bien huilé, on voit un peu trop la fonction narrative de chaque personnage au profit du propos.
Et d'ailleurs, quel est-il ce propos ? En réalité la BD est plus occupée à délivrer une histoire haletante qu'à traiter son sujet (un problème récurrent des bonnes séries américaines). Nowak semble un pédophile irrécupérable, et l'avoue lui-même. Mais est-ce juste lui ? Le parquage de tous ces pédocriminels est-il légitime ? La BD pose les questions en se gardant bien d'y répondre. Un peu frustrant.
J'ai beaucoup aimé Contrition, mais c'est un peu comme ces bonnes séries qu'on suit sans déplaisir avant de passer à autre chose. Rien d'exceptionnel non plus.