Acheté un peu à reculons — comme on repousse le visionnage d'un film d'auteur acclamé dont on redoute la dureté —, Contrition s'impose finalement comme une lecture magistrale, suffocante et d'une intelligence rare.
Le dessin de Keko est tout simplement incroyable. Son trait en noir et blanc, brut et clinique, sert à merveille la lourdeur du sujet. Visualiser cette enclave de Floride où sont regroupés les anciens délinquants sexuels devient une expérience visuelle marquante, qui installe d'emblée un malaise pesant sans jamais tomber dans le voyeurisme gratuit.
Le récit s'attaque à un tabou absolu avec une lucidité effrayante : comment fait-on société avec des monstruosités ? Où s'arrêtent la rédemption, le pardon et la justice expéditive ? Pour traverser ce terrain miné, le scénario s'appuie sur Marcia, une journaliste remarquablement écrite. Carlos Portela en profite d'ailleurs pour dépeindre avec finesse sa vie personnelle : celle d'une femme qui a mis sa propre carrière entre parenthèses pour soutenir un mari empêtré dans l'échec de ses propres ambitions, incapable de lui rendre la pareille. Cette sous-intrigue intime donne une épaisseur humaine magnifique au personnage.
Enfin, l'enquête se conclut par un twist particulièrement malin. Sans crier au coup de maître absolu — le dénouement bifurquant vers une histoire de vengeance plus classique —, cette révélation vient parfaire un thriller journalistique haletant et profondément dérangeant.
Une œuvre complexe, poisseuse et nécessaire, qui hante l'esprit bien après avoir refermé l'album.