Attention : critique avec et sans spoil !
Sans spoil
Le dessin est intéressant car il tente de s’approcher du style de Tanino Liberatore. Mais il se veut également hyperréaliste, avec parfois des décors « photographiques » de la ville de nuit. La première impression de malaise vient donc du dessin. Mais c’est un détail à côté du scénario, qui joue sur l’ambiguïté (c’est le cas de la dire) et qui frappe par son incohérence.
Attention, je spoile
Frank, un tueur professionnel talentueux, se fait tabasser et se réveille avec un corps de femme. Ceci ne lui plait pas du tout et je me suis mis à sa place : un changement de sexe imposé, même pour devenir un top model, cela a de quoi déstabiliser… Après avoir touché le fond, Frank-fille va tout faire pour se venger. Jusque-là : rien à redire. Nous avons affaire à un polar démarrant de façon surprenante, brutale et efficace. Ce qui m’a agacé, c’est la suite, dont voici quelques éléments :
- Frank est mal à l’aise dans son corps de femme mais il continue à prendre les hormones qu’on lui a laissées, à se maquiller, à s’habiller en robe du soir et à porter des talons aiguilles… Ce qui s’avère particulièrement adapté quand il va chercher un peu de réconfort auprès de poivrots se réchauffant autour d’un brasero devant des hangars abandonnés en pleine nuit… Non ?
- Son changement de sexe (parfaitement réussi) n’a pas été réalisé par un chirurgien spécialisé, comme cela se fait depuis des années pour les transsexuels, mais par une chirurgienne psychopathe qui mène « un programme d’expérimentations chirurgicales (sur des clochards) pas vraiment réglementaires mais destinées à aider un grand nombre de gens. » WTF ? Je passe sur le fait que Frank va, lui aussi, expérimenter le maniement du bistouri sur la chirurgienne…
- La chirurgienne psychopathe est interrogée par une psychiatre dans des conditions dignes d’Hannibal Lecter puisqu’elle est dans une cage du type de celles utilisées pour les requins, au milieu d’une grande salle de sous-sol. L’accessoiriste s’est d’ailleurs laissé emporter par la grandiloquence du dispositif puisqu’il a mis les spots éblouissants derrière la chirurgienne, et donc en plein dans les yeux de l’interrogatrice… La discussion de la psychiatre avec une de ses collègues vaut son pesant de cacahuètes. La collègue : « Peut-être […] qu’elle pense qu’elle aurait ses chances devant un tribunal, avec des jurés qu’elle pourrait convaincre et s’en sortir avec son intelligence supérieure ? ». Réponse de la psy : « Si elle pense ça, elle est encore plus folle que ce qu’on croyait. Il faut l’interner jusqu’à sa mort, vous ne pensez pas ? ».
- Enfin, Frank va affronter, sans cacher son identité initiale, les truands qui l’ont livré à la chirurgienne. Contre toute logique, il/elle y va maquillée, en robe de soirée, talons aiguilles et dessous affriolants…
Hors spoil
On comprend assez vite l’objectif de cette BD-polar : nous montrer, à poil ou en sous-vêtements, dans toutes les positions, une fille « canon ». Etant moi-même un homme hétérosexuel amateur de BD, je ne peux qu’approuver les œuvres mettant à scène des combattantes peu vêtues ! Mais ici, tout au long de la lecture, j’ai été très gêné par le fait que cette héroïne est en fait un homme… Qui, en plus, se retrouve à jouer les playmates à l’insu de son plein gré. Malsain.