La composition des jaquettes des cinq tomes de Designs est le premier élément qui marque, du fait de leur similarité : un ou des personnages armés, entourés d’animaux. Les variations proposées par Daisuke Igarashi (la jaquette du dernier tome est plus « végétale », les couleurs et les animaux changent…) offrent cinq fresques qui se déploient sur l’ensemble de la jaquette et ne jureraient pas dans un musée. Du très bel ouvrage.
Vient ensuite le moment de tourner les pages. On y voit une multinationale de l’agroalimentaire (Sanmonto, anagramme de Monsanto, multinationale un poil sulfureuse rachetée par Bayer à la fin des années 2010) qui, en plus de trouver des réponses à la faim dans le monde, développe des animaux à l’apparence humaine : des félins à tête de femme, des dauphins bipèdes, une grenouille aux traits de jeune fille… Il n’est pas question de créer des créatures mythologiques pour parc ou musée spécialisés mais, plus prosaïquement, des assets ayant le bon design pour rapporter gros à l’entreprise. Ces animaux humanisés (AH) peuvent en effet mener des missions d’infiltration, être déployés sur des zones de guerre pour exécuter quelques basses besognes. Bref plus besoin d’humains augmentés : les AH, désignés par un génie mystérieux (Okuda) sont comme l’IA aujourd’hui : la (fausse ?) promesse de lendemains qui chantent pour leurs utilisateurs et, surtout, les entreprises privées qui manœuvrent derrière. Enfin si les AH n’échappent pas à leurs créateurs comme Frankenstein en a pu en faire l’expérience… Un risque d’autant plus élevé que les rapports au sein de Sanmonto relèvent plus des Rois Maudits que de la concorde universelle : se tirer dans les pattes est l’activité préférée de certains…
Nous suivons ainsi des AH, Okuda et quelques autres sur différents terrains, de la jungle à une maison qui fait penser au Grand Bleu. On y verra la mort, une escalope milanaise mixée, et des réflexions sur ce qui fait avancer l’humain, sur la conquête spatiale. On reconnaît certains visages connus derrière tel ou tel personnage (Jean Reno…). L’auteur propose ainsi une réflexion dense, ancrée dans son époque, moins « perchée » que dans ses Enfants de la Mer, mais parfois mal rendue par des échanges ou phrases qui sonnent mal/peu naturels.
Designs frôle donc un bon 8/10 au global. Mais j’en reste à 7. Parce que le dénouement est accéléré, trop à mon goût. Le dernier tome finit plus sur une fin ouverte qu’une conclusion qui fournirait toutes les réponses aux questions que l’on peut se poser en terminant Designs. C’est dommage d’avoir ouvert tant de portes pour nous les claquer au nez de la sorte.
Comme un écho aux voyages et aux mutations, les tomes évoluent dans leur matérialité, dans les éléments qui composent les jaquettes, couvertures et pages. En effet, les 5 volumes ont été imprimés pour certains en Italie, d’autres République Tchèque et, pour d’autres, en Chine. La mondialisation de la fabrique des tomes de mangas, un autre sujet de réflexion qui survient avec Designs.