Quatrième tome de la série Darkness, édité par Delcourt, il contient les numéros US #29 à #40, c'est-à-dire la fin du volume 1 de la série. Pour récapituler le point où la série se trouve, Lobdell est sur le titre et à décider de mettre fin au statu quo. Plus de Jackie Estacado tueur de la mafia. Le troisième tome mettait avec talent et un rythme excellent le changement de situation. Jackie finissait par désirer, faire du bien dans le monde, même à sa façon et il se rendait compte que jusqu'à présent c'était du mal qu'il avait commis. Non pas que tuer le dérange mais plutôt, il se rendait compte qu'il tuait gratuitement. L'honneur, la fierté, toutes ces choses que l'oncle Franchetti lui avait apprises sont en réalité fausses. Jackie voit la mafia pour ce qu'elle est : des tueurs sans honneurs, sans amour, juste assoiffés d'argent.
Il avait donc décidait, à la fin du tome précédent, suite à sa rencontre avec Batman, mais aussi deux de ses anciennes victimes et son amie d'enfance Jenny, de changer et de témoigner contre son oncle pour le faire tomber.
On a donc un changement drastique avec ce tome. Le problème c'est que le changement n'est absolument pas maîtrisé. Lobdell ne sait pas vers où il se dirige et ce tome contient plusieurs histoires sans aucuns rapports les unes aux autres. C'est déconnecté et même plutôt mauvais en général. On ajoute à ça un changement quasi-quotidien de dessinateurs et Darkness tome 4 ressemble à une énorme mélasse informe. Le pire dedans étant que si chaque histoire est généralement moyenne, on a, une fois tout réunis quelque chose de plutôt mauvais. En effet, tout a tellement peu de liaison que ça devient vite énervant.
Par exemple, l'histoire commence avec le programme de protection des témoins. Jackie est, en effet, censé être protégé par Max, agent du FBI, 2 mètres de muscles et gay. Sans être aussi stéréotypé que Wenders, le personnage a du répondant, est utile et offre un beau duo avec Jackie le temps de quelque planches avant d'être définitivement oublié. D'ailleurs tout le côté protection des témoins ne sera réutilisé que dans une poignet de planche en fin de tome.
Jackie se retrouve à combattre le parrain local de la drogue pour sauver un enfant qui connait le Darkness et voit les Darkies la nuit. Pourquoi ? Comment ? Que sait-il ? Et bien on nous en dira jamais plus puisqu'une ellipse à lieu bien gratuitement sans qu'on ne nous justifie quoique ce soit.
Cette histoire est vraiment mauvaise et montre la gratuité d'un récit non maîtrisé.
Après, les épisodes #32 et #33 présente Cassis Estacado, la sœur jumelle de Jackie, qui dispose donc d'une petite partie du Darkness. On a le droit à son récit, on nous montre son amie tuée, sa jeune vie détruite, ses illusions parties. On voit sa foi combattre le mal. On découvre son amour de la vengeance. Le personnage, bien qu'un poil stéréotypé est plutôt bien écrit et malgré une enquête sans véritable intérêt, l'histoire est sympathique à lire. Le personnage du curé offrant, enfin, une vision d'homme supérieur, conseiller, sans péché en lui (une première dans la série).
Ce récit est donc plutôt efficace mais malheureusement, le personnage sera totalement changé en devenant avide de pouvoir et tentatrice sexuelle ainsi qu'incestueuse dès l'histoire suivante.
Les épisodes #34 à #38 représentent le gros de l'album. D'un côté, une armée de Chérubin, guidée par un homme immortel qui a découvert la fontaine de jouvence va se déverser sur le monde, de l'autre Jackie rencontre Jenny qui s'est fiancé à Ripclaw, de Cyberforce. Celui-ci étant shaman et connaissant extrêmement bien le monde des esprits voir en Jackie un homme capable de sauver le monde de la futur menace, à condition qu'il apprenne à maîtriser le Darkness. Pour cela, il va devoir avoir un voyage intérieur et découvrir comment sa mère l'a mis au monde et comment son père est mort.
L'histoire est très sympa pour le coup. Déjà parce que graphiquement, ça change totalement. Clayton Crain nous offre la meilleure prestation de l'album, avec un style plus arrondies, plus élancée, rappelant parfois Capullo pour certains personnages. On est très loin du côté carré pur qu'on avait eu jusque là (et qu'on retrouvera par la suite). Deuxièmement, Jackie qui n'avait jamais aimé Jenny se met à penser à une relation amoureuse au moment où elle devient impossible, ce qui fait un triangle amoureux intéressant. L'ennemi, la légion chérubine est aussi passionnante puisque leur maître est plus utilisé que contrôleur. Tout le thème du voyage intérieur à un aspect psychédélique au passage et rend vraiment ce récit intriguant et pas mauvais du tout.
On pourra, cependant regretter sa fin précoce mais ça reste vraiment le temps très fort de l'album.
Le numéro #39 est un one-shoot sur un Darkness médiévale. Sympathique à lire mais sans intérêt.
Quant à #40, il montre l'opposition finale entre Jackie et son oncle. Une histoire qui ne plait guère de par sa gratuité et sa facilité d'accès. Une histoire qui peine à convaincre car on oublie déjà que Ripclaw est censé être là (ainsi que Cassis). Bref, c'est une histoire assez mauvaise qui semble carrément mettre entre parenthèse le récit contre les chérubins.
C'est d'autant plus mauvais que la thématique de l'après mort est clairement amenée et semble être le fil conducteur du volume 2, qui commencera dans le tome 5.
En sommes, vous l'aurez compris, ce tome contient pas mal d'histoires mais qui sont très peu liées entre elles (et encore je n'ai pas parlé de Sonatine qui est présent dans le fond de façon anecdotiques). Or, ce sentiment de non-liaison est insupportable. On se demande si Lobdell lui même se rappelait ce qu'il écrivait trois semaines avant. C'est donc décousu au possible et ceci est véritablement un point négatif. Surtout que chaque histoire prétend amener de nouvelles réponses que l'on a, finalement, jamais, à cause des ellipses et des changements de sujets. Enfin, la médiocrité générale de certains passages, les récits qui manquent de nouveauté et sont parfois stéréotypés n'enchantent pas non plus. Le changement de style graphique 4 fois dans le tome n'aide pas aussi, il faut le dire. Surtout que c'est généralement pas mal mais pas incroyable pour autant. Sans que ça soit affreux ou à jeter, ce quatrième tome incarne véritablement la fin, mauvaise, du premier volume de Darkness. Reste à voir la renaissance dans le volume 5.