Marsault ne respecte décidément rien ni personne : vieillards, féministes, beaufs, militants, myopathes, bobos, accros à la junk food, dépressifs, homosexuels, enfants, tout le monde en prend pour son grade dans un déferlement de violence gratuite et expiatoire. Le jeune dessinateur au look de dur à cuire tatoué, qui s’est fait d’abord connaître sur internet avant de rejoindre l’écurie Ring, apparaît un peu comme le point de jonction explosif entre un Gotlib pour le trait (une influence graphique perceptible au premier coup d’œil) et un Vuillemin, un Reiser ou un Dieudonné pour l’humour brut et sans concession, n’épargnant personne et ne reculant jamais devant l’outrance, l’outrage et le trash.
Pour Deux poids deux mesures, le dessinateur s’est adjoint les services d’un scénariste en la personne de Cordell, pour aboutir à un album plus structuré, avec un fil conducteur et des « héros » (si l’on peut dire). Ghyslaine est moche, obèse et d’une bêtise insondable, elle tombe amoureuse un soir d’un agent de sécurité malien qui la besogne brièvement dans les toilettes d’une boîte de nuit et qu’elle va désormais tout faire pour retrouver, malgré les rebuffades de sa mère et de sa grand-mère et avec le soutien moral de sa copine Cynthia. Une attention toute particulière a été accordée aux dialogues qui, cocasses par leur crudité, transforment vite le pathétique en comique. Le dessin de Marsault, c’est en quelque sorte le syndrome de Gilles de la Tourette transposé à la bande dessinée : l’artiste nettoyait son pinceau et – hop ! – le coup est parti tout seul. C’est bête et méchant, c’est sale et adipeux, c’est fait exprès et ça nous fait bien rigoler.