Je n'aime pas les récits de superhéros, c'est toujours les mêmes schémas qui reviennent.
Je n'aimais pas, au premier cntact, le graphisme de cette bande dessinée, mais j'ai eu envie de lui laisser sa chance. Ce n'était pas inintéressant.
La narration est un peu éclatée au début avant de se resserrer. En gros, à Londres, il y a beaucoup de superhéros. Mais leur activité est encadrée par une guilde, et pour intervenir, ils doivent vérifier que les gens sont à jour de leur police d'assurance superhéros. Il y a aussi une entreprise qui rachète les âmes, on ne sait pas trop pourquoi. Ceux qui vendent leur âme deviennent insensibles aux autres. Il y a beaucoup d'idées originales de ce genre dans cet opus.
Et donc, c'est un récit de rédemption. Car notre héros, Dragman, est un homme hétéro lambda qui a un enfant. Il a caché à sa femme son passé de superhéros : il était Dragman, un superhéros qui peut voler quand il porte des vêtements de femme. Son origin story est d'avoir trouvé un bas entre deux coussins de canapé, de l'avoir enfilé et d'y avoir trouvé du plaisir, ainsi que le don de voler.
Plusieurs intrigues se mêlent : un serial killer qui tue des transsexuels ; le mystère autour de The Believer, un superhéros qui pouvait devenir ce qu'il voulait du moment qu'il y croyait, jusqu'à ce qu'il se mette à douter de lui, l'enquête de Dragman sur ce que deviennent les âmes des parents d'une jeune fille.
Graphiquement, il y a quelque pages mémorables, mais bon ça n'attendra jamais Sempé. Ce trait tremblé, on aime ou pas. Ce n'est pas ma came mais je respecte.
L'histoire est prévisible : c'est Watchmen. Le méchant s'avère être The believer. Il y a une scène de confrontation finale dans le loft au sommet de sa tour. Bref...
C'est un énorme travail, cela dit. Et il a son propre rythme, sa propre respiration. Il est un peu endémique à Londres, aussi. Je pense qu'on en profite plus si on est londonien (ça tombe mal, Londres est dans le tiercé de mes villes détestées avec Budapest et Toulouse). Dans les intéractions entre les héros, les discussions, les moments suspendus, il y a une forme de liberté de ton, de gratuité qui font que j'ai accroché malgré toutes mes réserves.
Ce n'est clairement pas mon oeuvre préférée mais je respecte beaucoup le travail fourni.