Garyu Hanagami est un mangaka de génie, auteur de la série la plus populaire et appréciée du moment, Dragon Land. Surnommé "le Dragon", il a un talent monstrueux, une passion immense pour son travail et un enthousiasme aussi démesuré que son ego. Shinobu Miyama, lui, est un assistant méprisant et cynique, avide de ne pas être qu'un "personnage secondaire", dont le talent à imiter le trait des mangakas au point de se faire passer pour eux lui vaut le surnom de "Caméléon".
Un accident les fait s'échanger leurs corps. Voilà Hanagami dans une situation embêtante : puisque son ancien assistant peut imiter son style à la perfection, il n'a aucune envie de retrouver son corps. Pire que ça : il va s'acharner à vouloir pourrir la carrière de son ancien maître le plus possible, lui qui représentait le modèle et la némésis ultime. Mais c'est sans compter sur la ténacité et la passion de notre héros, qui compte bien dépasser sa propre oeuvre et son propre style pour revenir au sommet.
Voilà donc pour le pitch de base de Dragon & Caméléon, et il faut dire que l'idée est plutôt enthousiasmante : voir un génie obligé de se battre contre lui-même, de dépasser sa propre oeuvre, et de réinventer complètement sa manière de faire, c'est quelque chose qui m'intéresse pas mal personnellement. Bien sûr, l'idée assumée est de le faire à la sauce shônen, d'où une accentuation de la compétition, de l'affrontement et du dépassement de soi.
En fait, le scénario repose sur pas mal de trucs déjà vus dans le genre sauf que tout ça mélangé et projeté dans le milieu même des mangakas, ça apporte une fraîcheur vraiment sympathique (en tout cas pour ce premier tome). Surtout qu'on parle de passion pour le dessin et la création de mangas, et une chose est sûre, de la passion, l'auteur n'en manque pas. Ça transpire chaque page, il y a une vraie énergie dans tout le tome qui fait que c'est un début rapidement ultra accrocheur, en tout cas pour moi. Et vu que le manga insiste sur l'importance pour les auteur.ice.s de captiver les personnes qui les lisent, eh bien c'est un pari réussi.
Bon bien sûr, tout le portrait du milieu du manga peut paraître très idéalisé, mais c'est pas le projet d'être réaliste, c'est même l'inverse, de déplacer le milieu où l'on créé des shônens dans un univers de shônen. Et c'est clair que les péripéties auxquelles Hanagami fait face sont quand même très fortement inspirées par des expériences d'assistant, de rencontre avec des éditeurs, d'angoisses de mangakas, de la difficulté de percer, etc... que l'auteur a sans doute lui-même (en partie au moins) vécues.
Bref, c'est un mélange qui est vraiment plaisant, et en plus le dessin soutient parfaitement le ton du manga : classique mais très efficace et rempli d'énergie et de savoir-faire, c'est visuellement ultra satisfaisant. Une série à suivre !