Echo : Intégrale
7.7
Echo : Intégrale

Comics de Terry Moore (2017)

Julie prend des photos dans le désert quand une terrible explosion surgit soudain dans les nuages et l’arrose d’une curieuse pluie métallique. Mais les gouttes, au lieu de couler, s’accrochent à sa peau et finissent par former un plastron. Dès lors, de nombreuses personnes s’intéressent à elle. Mais Julie, elle, cherche juste à recoller les morceaux de sa vie.


Terry Moore est un vieux routard des comics. Connu pour avoir créé la série Strangers in Paradise, il affectionne particulièrement les héroïnes. Son trait rond et réaliste croque de vibrantes scènes du quotidien et convient très bien à Echo, car cette série de 6 tomes s’ancre dans l’Amérique actuelle.


Terry Moore est intelligent. Au-delà de ses connaissances, son imagination fertile et l’ingéniosité de son développement forcent le respect. Ainsi, Echo repose sur un postulat tout simplement génial, mais très scientifique ; il faut d’ailleurs quelques notions de mathématiques et de physique pour saisir le principe de l’histoire. Les citations de Einstein et Oppenheimer des deux premiers volumes confirment cette orientation résolument intellectuelle.


Le trait en noir et blanc, que seuls les aplats de gris brisent, peut étonner, mais le talent de Terry Moore est suffisant pour se passer de couleur. Par ailleurs, cette nuance de gris a une signification scénaristique précise et donc est très bien venue.


L’histoire évolue intelligemment et avec un réalisme soigné. Les réactions sont particulièrement justes, sauf certains détails spectaculairement caricaturaux (le méchant, en particulier). Seule la fin est un happy end à la guimauve parfaitement impossible.

Comment une explosion peut faire remonter plus de 2000 mètres à des gens sans les émietter ? Et tout le monde retrouve son corps d’origine par miracle ?

L’histoire s’interroge sur l’immaturité de l’Homme qui l’empêche de manipuler correctement de grandes inventions, la fission de l’atome en tête. Le bon sens et la sagesse sont opposés à la cupidité et la méchanceté. C’est un point de vue intéressant, mais ultra connu. Par ailleurs, la dimension mystique est effleurée (avec Caïn) sans être exploitée, ce qui est plutôt curieux. Enfin, Julie apparaît assez souvent nue, ce qui est un délice, mais aussi une insistance étonnante. Et que dire de ses relations avec les protagonistes, toujours ambiguës ?


Bon, il ne faut pas chercher très loin le sens caché de cette œuvre. Julie, une femme rejetée, car pécheresse (avec une naïve boîte à vice), se retrouve touchée par la femme parfaite (divine) venue du ciel qui la rend invulnérable. Ses attraits (sa poitrine) brillent, mais deviennent en même temps interdits (ils foudroient tous ceux qui la touchent). Cette brillance s’étend à tout son corps, et personne ne se risque à avoir une relation amoureuse avec elle. Le seul candidat est Dillon, dont la ressemblance avec Elvis Presley n’est sans doute pas fortuite. En effet, ce chanteur était très pudique avec la gent féminine, et le personnage de la BD ne fait jamais d’avances à Julie alors même qu’il retrouve Annie en elle. Julie la pécheresse est élevée au rang divin, donc intouchable. Mais, curieusement, c’est Ivy qui paraît tomber amoureuse d’Annie (avec qui elle a d’ailleurs des attouchements lourds de conséquences). La ressemblance entre la stature de Julie avec la militaire lesbienne en couple semble confirmer la nature de cette relation, appuyée encore plus par la proposition d’Ivy lors de la chute.


Le fond d’Echo est donc ramené à la mère divine, intouchable par essence, et d’un attrait tel que tout le monde lui court après, même si cela signifie la mort. La dualité homme – femme est appuyée par la forme des bulles (carrées pour les hommes, rondes pour les femmes). Ces hommes sont tous impuissants avec leurs fusils et leurs poings ; ce sont les femmes qui défoncent tout, font avancer le scénario et qui le solutionnent. Dès lors, les femmes sont les seules dignes à partager la vie (et l’intimité) de la femme divine.

À la fin, la discussion sur Dillon ressemble plus à l’adoption d’un animal de compagnie plutôt qu’à une mise en couple, ce que les avances d’Ivy semblent confirmer.

Echo est un curieux pamphlet féministe écrit par un homme qui idéalise les femmes pour en faire des déesses intouchables, et ces déesses ne s’intéressent plus aux hommes. À chacun ses fantasmes… Ma foi, c’est également une très belle bande dessinée joliment faite avec un scénario dépaysant. Sachons donc l’apprécier sans forcément plonger dans le subconscient de l’auteur.

OeilDePatrick
6
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Créée

le 18 juin 2026

Critique lue 2 fois

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