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le 5 nov. 2024
SuivreMythe réinventé réussi
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Je découvre le travail de Lou Lubie avec son avant dernier album Eurydice réalisé avec la collaboration de Solen Guivre. L'auteur veut aborder de nombreux thèmes très importants et très forts au travers de ses personnages mais le format est trop court. Détails.
Je n'ai rien contre les appropriations des mythes, des légendes et autres folklores. Au contraire, j'en suis plutôt friand car ces derniers sont fait pour cela. Un mythe n'a pas le même visage, la même portée selon les époques, les auteurs. Ils touchent chaque personnes de façon différentes. Récemment, on a eu la série Kaos qui nous proposait une réécriture à notre époque de ce même mythe. Ce que je veux dire, c'est qu'on peut s'approprier un mythe mais il faut le faire correctement. Et ce n'est pas le cas, à mon sens, ici.
116 pages ... je dois m'attacher à plusieurs personnages et à leurs histoires ; je dois croire à une histoire d'amour et au sacrifice ultime pour celui-ci en 116 pages. C'est impossible. Le mythe d'Eurydice et d'Orphée est une histoire déchirante où Orphée entre dans la légende pour avoir envouté Charon, dompté Cerbère par son chant et autres prodiges pour un humain, certes aimé des dieux, mais un humain tout de même. Ici, je n'arrive pas à croire à ces prodiges tant l'intrigue ne laisse pas de place à ces faits.
Mais avant cela, j'ai du mal à croire à l'amour d'Orphée, car là il n'est pas réciproque, envers Eurydice car il y a très peu de planches communes entre ces deux personnages. Il y a toujours le coup de foudre mais ce serait trop simple.
De plus, au vu des thèmes qui sont abordés, j'en parle juste après, Lou Lubie avait de la matière pour faire un ou deux tomes en plus sans que cela soit néfaste à l'intrigue et au mythe, au contraire, je pense que cela aurait été bénéfique et, à mon sens, plus crédible.
Pourtant, cet album à deux points forts qui ont fait que je lui met un 6 (à la base je voulais mettre 4) : son graphisme et ses personnages.
Graphiquement c'est très beau, Solen Guivre nous permet d'admirer son talent et nous propose quelques moments de poésie, des doubles pages très belles et travaillées, et bien sur un représentation du chant d'Orphée très belle. J'aime notamment sa proposition pour nous représenter l'enfer. Elle décide d'aller à l'encontre de tous les stéréotypes de l'enfer. Là où nous avons des représentations volcaniques ou désertiques (comme dans l'Odyssée de Nolan), la dessinatrice nous propose un enfer poétique où le personnage se balade dans des jardins. De plus, elle y met des couleurs dans les tons bleues qui donnent aux enfers des allures de songes.
Les personnages d'Eurydice sont très intéressant et abordent une problématique qui est propre à notre société. Pourtant, et c'est là que je trouve ça dommage, Lou Lubie ne fait que survoler ces problématiques. Je m'explique.
Eurydice est le personnage principale et elle est victime de violence conjugale. Preuve en est les nombreuses marques sur son corps. Ce personnage, avec une thématique très forte, est pourtant le moins intéressant mais j'aime beaucoup la métaphore utilisée autour de ses cheveux. On voit une Eurydice avait de longs cheveux au début du livre puis, au fur et à mesure que son état se dégrade, ses cheveux perdent en longueur et en vitalité. Très beau.
J'aime beaucoup le design des deux personnages des enfers, Charon et Hades. Si le premier est très courbé et laid, le second est immense et droit. Hades est à la limite de la statue car on ne le voit pas bouger, il possède un visage inexpressif comme si l'amour d'Eurydice pour lui ne l'affectait pas. Charon est, quant à lui, à l'image de la représentation que je m'en fait depuis des années.
Cependant, le duo de personnage le plus intéressant est celui de Calliopé et de Galatée. Calliopé est la personnification de la pression de la société sur les femmes, et notamment sur le corps. Calliopé est une femme avec des rondeurs, des vergetures, une poitrine forte et on luit fait des remarques sur cela. Contrairement à Galatée, qui est une création de l'homme, qui incarne l'inverse avec des courbes parfaites qui peuvent changer à volonté. Calliopé fait partie d'une troupe de danseur que l'on censure car cela ne correspond plus aux attentes du grand maitre. On peut y avoir une petite critique sur les conditions de nos artistes à notre époque. Elle veut lancer un mouvement de protestation mais on a rien qui aboutit.
Est-ce que vous voyez ce que je veux dire quand je dis que la BD abordent beaucoup de thèmes très intéressant mais va trop vite dans son intrigue pour laisser la place aux sous intrigues ?
Dans tous les cas, j'ai bien aimé découvrir cette autrice et cette dessinatrice. Je vais continue cette découverte avec Comme un oiseau dans un bocal.
Bonne lecture.
Créée
le 19 août 2026
Modifiée
il y a 7 jours
Critique lue 1 fois
9
le 5 nov. 2024
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