Pour moi — et pour Esmée, 2 ans et demi — Dorothée de Monfreid, ce sont avant tout Les Toutous : Popov, Zaza, Micha, Omar, Nono, Kaki, Jane, Alex et Pedro. Un univers familier et immédiat. Ici, l’autrice s’attaque pourtant à un sujet autrement plus exigeant : L’Enfant et les sortilèges, né de la rencontre entre Maurice Ravel et Colette, un opéra réputé pour la complexité de sa mise en scène.
La BD entremêle deux temporalités : la genèse de l’œuvre au début du XXᵉ siècle, et sa recréation contemporaine à l’Opéra de Paris en 2023. Elle raconte la lente élaboration du projet, les tensions, les blocages, la singularité du livret de Colette et la minutie presque maniaque de Ravel. En parallèle, Monfreid se positionne comme observatrice au cœur du branle-bas de combat qu’est la renaissance d’une mise en scène vieille de près de vingt-cinq ans.
Sur le plan graphique, le style reste léger et expressif, mais se révèle bien plus riche et travaillé que dans ses ouvrages jeunesse. Le recours à la couleur pour suggérer le son est une excellente idée — difficilement évitable pour une BD qui parle de musique !
Narrativement, il s’agit avant tout d’une promenade personnelle. L’autrice déambule entre Bastille et le Palais Garnier, documente les ateliers de costumes, les répétitions, et donne la parole à l’ensemble des personnalités passionnées qui font vivre l’opéra. Elle observe, participe, consigne. Le résultat est méticuleux, précis, parfois fascinant, mais davantage séduisant par ce qu’il transmet que par ce qu’il fait ressentir.
Pour être honnête, je n’ai pas vraiment réussi à entrer dans L’Enfant et les sortilèges, qui reste une œuvre atypique, voire opaque — même pour moi. En revanche, la BD réussit pleinement son pari : rendre accessible son contexte de création, démystifier l’opéra et désamorcer son image souvent élitiste.