Mettons les choses au clair tout de suite : Mark Millar n'a jamais été un bon scénariste. Au mieux, il a de bonnes idées qu'il se montre incapables de développer correctement, faute d'avoir une écriture solide. Il est parfois capable d'heureux accidents (Civil War par exemple) mais ses travaux sont souvent agaçants à lire, d'une part par le potentiel gâché, de l'autre par sa pénible caractérisation des personnages et son esbroufe constante.
Le scénariste britannique revient donc chez Marvel pour s'occuper des Fantastic Four, reformant pour l'occasion son duo légendaire qu'il formait avec le dessinateur Bryan Hitch sur la très surestimée série Ultimates. Et comme les mêmes causes produisent les mêmes effets, le run des deux compères sur la famille Richards est un gros pet foireux.
Le premier arc ne commençait plutôt pas trop mal. Une ancienne camarade de Red lui demande son aide pour un projet top secret : une nouvelle Terre artificielle, isolée dans l'espace, conçu comme plan B en cas de fin du monde. Ça tombe bien : elle lui annonce que la planète va s'effondrer d'ici 10 ans et qu'on ne peut rien faire.
L'idée était charmante, comme un bon point de départ à une bonne histoire de SF. Sauf que très vite, Millar refuse d'exploiter les éléments prometteurs pour partir sur une idée totalement naze : le robot géant qui devait servir de police prend son indépendance et menace la Terre. Et on s'en fout royalement. Y'avait des trucs vraiment intéressant à raconter mais Millar se concentre sur une idée pourrie et accumule les incohérences : pourquoi créer une arme aussi dangereuse pour un monde censé être idyllique? Millar n'a pas grand chose à raconter et ça se voit très vite puisque tout ça se termine assez facilement dans un combat de robot vite expédié. Les storylines secondaires sont du Millar pur jus, avec une caractérisation des personnages écrites avec le cul : Ben Grimm fréquente une prof (une romance dont on se fout royalement puisque, pour ça, il faudrait une écriture des personnages à peu près correcte), Johnny fréquente une délinquante à super pouvoir, prépare une télé réalité et devient membre d'un groupe de rock... Millar a cette capacité rare de saloper tout ce qu'il touche et on ne peut pas dire qu'il mette en valeur les protagonistes de la série.
Le second arc se nomme "La Mort de la Femme Invisible", un titre mensonger et putassier puisqu'il ne concerne que la toute fin de l'arc (et encore, ce n'est pas exactement la Sue de notre époque). Le reste est du même acabit que l'arc précédent : Doctor Doom débarque au Baxter Building, en mauvais état et pourchassé par de mystérieux super-vilains. Très vite, ils kidnappent aussi Johnny Storm. Et l'identité des membres de ce nouveau club est, comme d'habitude quand on joue avec des version alternatives/futuristes, problématique et pas très cohérente. 500 ans dans le futur, la Terre est à l'agonie et un groupe de super-humains de cette époque a trouvé une solution pour sauver les survivants : les renvoyer tous dans le passé. Un plan complètement débile puisque faire débarquer 8 milliards d'être humains à notre époque créerait d'innombrables problèmes et contribuerait sûrement à accélérer la fin du monde en un temps record.
Et puis la composition du groupe est ridicule : admettons que Banner soit moralement douteux (ce ne serait pas là première fois) mais Wolverine est son beau-père (sérieux!!!). Et comment la Sue du futur ne peut n'avoir jamais entendu parler de la Nu-Terre puisque Alycia lui révèle le plan de son mari dans cet arc? Comment imaginer qu'une poignée de super-héros du futur ait réussi à maîtriser une puissance telle que Galactus? Ou que la futur Sue, prête à sacrifier des milliards de ses ancêtres pour sauver les siens, soit naïve au point de vouloir faire une accolade à un Doctor Doom qu'elle vient de torturer? Ou que les 4 Fantastiques passent l'éponge aussi facilement sur les plans des New Defenders, comme si les types ne venaient pas de tenter de sacrifier l'un des leurs? Ça ne tient pas debout une seule seconde. Mais bon, la cohérence et Millar, ça n'a jamais été une grande histoire d'amour.
Le scénariste temporise ensuite en orchestrant l'enterrement de la Sue du futur, auquel sont conviés de nombreux super-héros, dans un one-shot sans intérêt (et sans beaucoup de sens non plus). Puis se la joue Lovecraft le temps d'un court arc sans grande imagination.
On termine cet album avec le dernier arc qui révèle le maître de Fatalis. Une énième idée pourrie, qui non content de faire une retcon sur le passé de Fatalis, le réduit aussi à un vulgaire laquais. Le fameux Maître de Doom est un ratage complet, un personnage peu intéressant, à l'écriture superficielle, vaincu beaucoup trop facilement, par un twist un peu tiré par les cheveux. La révélation de son identité est elle aussi un flop complet et ses motivations finissent par être un peu confuse. Millar s'est d'ailleurs barré avant la fin du run (il a écrit la trame globale mais les dialogues ont été assurés par un autre scénariste) et Hitch s'est aussi fait la malle avant la fin (mais il semblerait qu'il ait des excuses valables, lui). C'est dire le peu d'implication du scénariste sur ses propres travaux.
Bref, le run de Millar sur FF4 est un quasi naufrage. Les chiffres de vente en attestent. Le run suivant, de Jonathan Hickman (alors quasi inconnu) se vendra beaucoup mieux (et pour cause, il est bien mieux écrit). Vous pouvez donc faire l'impasse sur cet album, qui de toute façon n'apporte rien de neuf à l'équipe.