Gunnm
8.1
Gunnm

Manga de Yukito Kishiro (1990)

Parmi les œuvres dites cultes, Gunnm fait partie de celles que j’ai mis un temps à vraiment aborder. J’en connaissais la réputation, j’en connaissais l’aura, cette étiquette un peu poussiéreuse mais respectée, qui fait que, tôt ou tard, tu y viens. Alors je l’ai lu, j'ai adoré et j’ai très vite compris pourquoi il divisait autant.


D’un côté, on a un univers cyberpunk poisseux, rouillé, où tout respire la survie, la mécanique et la décadence. Ça, c’est franchement réussi. Gunnm t’embarque dans une ambiance unique, une dystopie sale mais vivante, qui fait mouche dès les premiers chapitres. On y suit Gally, cyborg amnésique, récupérée dans une décharge par un scientifique qui va peu à peu l'aider à se redéfinir... ou plutôt à se redécouvrir.

C’est brutal, ça va vite, et ça crée une accroche immédiate.


Mais voilà....

Une accroche, ce n’est pas un cap. Gunnm m’a fasciné... puis un peu perdu.

Et pourtant, je suis resté, parce que quelque chose me plaisait dans cette manière qu’a Kishiro de tout faire exploser sans prévenir. Chaque tome semble fonctionner en orbite, comme un petit reboot. On passe de la quête existentielle à des courses mécaniques en Motorball, puis à une guerre scientifique délirante, puis à une réflexion spirituelle.

Ça donne un rythme très particulier, et parfois, ça tient presque du patchwork. Quelque chose que je trouve très agréable, puisque très expérimental et on voit bien que l'auteur à envi d'étoffer son univers avec passion. Oui, on survole beaucoup, mais ça reste assez suffisant à mes yeux pour attraper mon intérêt.


En revanche et je pense que vous me voyez venir, après que j'ai endosser le costume de l'avocat...

Là où je commence à décrocher, c’est quand le manga se noie dans ses ambitions. À vouloir dire trop de choses, à vouloir tout raconter en même temps, Gunnm finit par se disperser. Les arcs narratifs s’enchaînent sans toujours bien se répondre, certains personnages sont introduits pour disparaître aussitôt, et l’ensemble devient un peu bancal. Je pense surtout à la seconde moitié de la série, où tout devient surjoué, presque absurde, avec des combats de plus en plus grandiloquents, au détriment du cœur intime de l’histoire.


Et ce cœur, justement, il aurait mérité plus de soin. Gally est un beau personnage, complexe et en même temps très frontal. Mais elle écrase un peu tout le monde. Les personnages secondaires sont là, mais très vite relégués. Yugo, Ido, Koyomi... tous ont un vrai potentiel, mais à chaque fois, ça reste en surface. C’est dommage, car l’univers donnait envie de voir d’autres trajectoires que celle de la super-cyborg en quête de soi.


Il faut parler du dessin, évidemment. C’est du brut, du taillé au scalpel. Le style évolue au fil des tomes et devient de plus en plus maîtrisé. Les scènes de Motorball sont visuellement bluffantes, avec un vrai sens du mouvement. Puis il y a cette opposition permanente entre la crasse du monde et la pureté presque irréelle de Gally. C’est puissant, même si certains designs, surtout au début, peuvent rebuter. Y’a un côté presque grotesque dans certains visages, qui peut freiner l’immersion. Perso, je trouve que ça participe à l’identité du manga, mais je comprends que ça divise.


Ce qui m’a dérangé en revanche, c’est le virage vers la surenchère. À mesure qu’on avance, les combats deviennent de plus en plus absurdes, les concepts s’empilent (karma, mémoire, réincarnation...), et ça devient presque impossible de s’y retrouver. Je pense que Kishiro avait beaucoup à dire, mais il n’a pas su choisir le bon canal. Et du coup, la fin, que j’ai trouvée confuse, précipitée, presque bâclée... Laisse un goût amer.

On sent que ça aurait pu être plus fort, plus marquant. Mais non, ça s’effondre un peu sur lui-même.


Malgré tout ça, je comprends pourquoi Gunnm est un classique. Parce qu’il ose. Parce qu’il propose un univers qui ne ressemble à aucun autre. Parce qu’il interroge ce que c’est qu’être humain, vivant, libre. Mais j’ai aussi du mal à le hisser au rang d’incontournable absolu. Trop inégal, trop brouillon par moments. On sent le potentiel, mais on voit surtout les ratés.


Alors oui, c’est une œuvre marquante, mais qui aurait mérité un peu plus de retenue et de cohérence. Gunnm, c’est un diamant brut, avec tout ce que ça implique, fascinant, mais aussi un peu tranchant, un peu mal taillé.

Vous voyez l'aura d'un Hunter X Hunter? J'ai l'impression que ce manga avait toutes les clefs en mains pour en être aussi digne. J'aurais des tonnes de manière de développer là dessus, mais certainement un jour dans une critique sur cet autre manga. En tous cas, un classique, qui mérite de rester dans la mémoire malgré ces soucis.

KumaCreep
6
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Les meilleures BD éditées par Glénat

Créée

le 12 mai 2025

Critique lue 18 fois

KumaCreep

Écrit par

Critique lue 18 fois

D'autres avis sur Gunnm

Gunnm

Gunnm

10

Tezuka

124 critiques

Machine qui rêve

J'ai fait un rêve. Dans ce rêve une jeune fille au corps de métal passait, comme un ange rouillé, dans un monde de décomposition. Dans ce rêve je voyais des larmes de souffrance et des hurlements de...

le 26 nov. 2012

Gunnm

Gunnm

9

Velvetman

514 critiques

L'ange de la mort

Que cela soit des êtres aux corps biologiques rattachés à une puce cérébrale ou des entités cyborgs dont le carburant est un cerveau humain, tout cet amas de molécules érige un monde détruit par une...

le 18 sept. 2016

Gunnm

Gunnm

4

Josselin-B

545 critiques

L'Arlésienne à nu

L'Arlésienne, celle dont tout le monde parle mais qu'on ne voit jamais. Voilà ce qu'aura été pour moi Gunnm. Un ectoplasme dont je ne devinais jamais la forme et dont je ne me serais jamais douté du...

le 16 juil. 2020

Du même critique

Gintama

Gintama

9

KumaCreep

1001 critiques

See You Space Samurai

J'ai entendu la sortie du derniers chapitre pour pouvoir enfin partager tous l'amour que je porte à cette série. Gintama, que j'ai dans un premier temps connu fin 2006 avec son adaptation animé, que...

le 1 sept. 2019

Ōkami HD

Ōkami HD

3

KumaCreep

1001 critiques

Le saint Okami ne m'aura pas conquit

J’ai pas tenu bien longtemps… Seulement 5h… Puis voici l’éternelle question, ais-je le droit de donner un avis car j’ai fait le choix de ne pas perdre encore 35h sur ce jeu? Je suis vraiment désolé,...

le 3 juin 2020

Regular Show

Regular Show

10

KumaCreep

1001 critiques

Mordecai et Rigby, mes potes...

Y'a un truc que je trouve insupportable chez les gens de SensCritique... Je consomme beaucoup de produit culturel, donc je passe beaucoup de temps sur ce site et je lis aussi beaucoup de critique...

le 19 oct. 2018