Parmi les œuvres dites cultes, Gunnm fait partie de celles que j’ai mis un temps à vraiment aborder. J’en connaissais la réputation, j’en connaissais l’aura, cette étiquette un peu poussiéreuse mais respectée, qui fait que, tôt ou tard, tu y viens. Alors je l’ai lu, j'ai adoré et j’ai très vite compris pourquoi il divisait autant.
D’un côté, on a un univers cyberpunk poisseux, rouillé, où tout respire la survie, la mécanique et la décadence. Ça, c’est franchement réussi. Gunnm t’embarque dans une ambiance unique, une dystopie sale mais vivante, qui fait mouche dès les premiers chapitres. On y suit Gally, cyborg amnésique, récupérée dans une décharge par un scientifique qui va peu à peu l'aider à se redéfinir... ou plutôt à se redécouvrir.
C’est brutal, ça va vite, et ça crée une accroche immédiate.
Mais voilà....
Une accroche, ce n’est pas un cap. Gunnm m’a fasciné... puis un peu perdu.
Et pourtant, je suis resté, parce que quelque chose me plaisait dans cette manière qu’a Kishiro de tout faire exploser sans prévenir. Chaque tome semble fonctionner en orbite, comme un petit reboot. On passe de la quête existentielle à des courses mécaniques en Motorball, puis à une guerre scientifique délirante, puis à une réflexion spirituelle.
Ça donne un rythme très particulier, et parfois, ça tient presque du patchwork. Quelque chose que je trouve très agréable, puisque très expérimental et on voit bien que l'auteur à envi d'étoffer son univers avec passion. Oui, on survole beaucoup, mais ça reste assez suffisant à mes yeux pour attraper mon intérêt.
En revanche et je pense que vous me voyez venir, après que j'ai endosser le costume de l'avocat...
Là où je commence à décrocher, c’est quand le manga se noie dans ses ambitions. À vouloir dire trop de choses, à vouloir tout raconter en même temps, Gunnm finit par se disperser. Les arcs narratifs s’enchaînent sans toujours bien se répondre, certains personnages sont introduits pour disparaître aussitôt, et l’ensemble devient un peu bancal. Je pense surtout à la seconde moitié de la série, où tout devient surjoué, presque absurde, avec des combats de plus en plus grandiloquents, au détriment du cœur intime de l’histoire.
Et ce cœur, justement, il aurait mérité plus de soin. Gally est un beau personnage, complexe et en même temps très frontal. Mais elle écrase un peu tout le monde. Les personnages secondaires sont là, mais très vite relégués. Yugo, Ido, Koyomi... tous ont un vrai potentiel, mais à chaque fois, ça reste en surface. C’est dommage, car l’univers donnait envie de voir d’autres trajectoires que celle de la super-cyborg en quête de soi.
Il faut parler du dessin, évidemment. C’est du brut, du taillé au scalpel. Le style évolue au fil des tomes et devient de plus en plus maîtrisé. Les scènes de Motorball sont visuellement bluffantes, avec un vrai sens du mouvement. Puis il y a cette opposition permanente entre la crasse du monde et la pureté presque irréelle de Gally. C’est puissant, même si certains designs, surtout au début, peuvent rebuter. Y’a un côté presque grotesque dans certains visages, qui peut freiner l’immersion. Perso, je trouve que ça participe à l’identité du manga, mais je comprends que ça divise.
Ce qui m’a dérangé en revanche, c’est le virage vers la surenchère. À mesure qu’on avance, les combats deviennent de plus en plus absurdes, les concepts s’empilent (karma, mémoire, réincarnation...), et ça devient presque impossible de s’y retrouver. Je pense que Kishiro avait beaucoup à dire, mais il n’a pas su choisir le bon canal. Et du coup, la fin, que j’ai trouvée confuse, précipitée, presque bâclée... Laisse un goût amer.
On sent que ça aurait pu être plus fort, plus marquant. Mais non, ça s’effondre un peu sur lui-même.
Malgré tout ça, je comprends pourquoi Gunnm est un classique. Parce qu’il ose. Parce qu’il propose un univers qui ne ressemble à aucun autre. Parce qu’il interroge ce que c’est qu’être humain, vivant, libre. Mais j’ai aussi du mal à le hisser au rang d’incontournable absolu. Trop inégal, trop brouillon par moments. On sent le potentiel, mais on voit surtout les ratés.
Alors oui, c’est une œuvre marquante, mais qui aurait mérité un peu plus de retenue et de cohérence. Gunnm, c’est un diamant brut, avec tout ce que ça implique, fascinant, mais aussi un peu tranchant, un peu mal taillé.
Vous voyez l'aura d'un Hunter X Hunter? J'ai l'impression que ce manga avait toutes les clefs en mains pour en être aussi digne. J'aurais des tonnes de manière de développer là dessus, mais certainement un jour dans une critique sur cet autre manga. En tous cas, un classique, qui mérite de rester dans la mémoire malgré ces soucis.