Il fut un temps où se procurer les titres de Junji Ito en français était impossible sans payer des sommes exubérantes pour les obtenir en occasion (les mauvaises langues diront qu’aujourd’hui c’est la même chose pour se procurer ses titres en neuf). Les deux tomes de Gyo en faisaient partie. Mais, faute de lire Gyo, pourquoi ne pas le voir ? Car le manga a été adapté en film d’animation en 2012. Me voilà donc parti pour un visionnage qui est encore dans un coin de ma tête bien des années plus tard parce que ce film contient... un plan à trois (oui, vous avez bien lu). À l’époque je m’étais interrogé car Junji Ito ne versait nullement dans ce registre, que ce soit pour Spirale ou encore Black Paradox. Je me demandais donc vraiment pourquoi Gyo en passait par là… En lisant, des années plus tard, la version originale, sur papier, je me suis aperçu qu’il y avait eu pas mal de libertés dans l’adaptation animée… pourquoi avait-on permis de tels écarts ? Je n’ai pas cherché de réponse à cette question… car il ne s’agira que de la version papier, republiée en intégrale, dans les lignes qui suivent.
Gyo insiste sur la « puanteur », terme qui parcourt les chapitres, du titre au propos des personnages. Soit une odeur désagréable, de cadavre en décomposition, qui gâche les vacances à Okinawa du couple présent sur la jaquette, d’autant plus que Kaori est très sensible aux odeurs. Alors que le couple bat de l’aile (bon le traitement des sentiments n’est pas le point fort de l’auteur) et que les poissons battent le pavé (ils sont montés sur pattes), la panique et la puanteur déferlent sur le Japon. Car les poissons sur pattes ne sentent pas bons, ils se décomposent, d'où l'odeur. D’où viennent-ils ? Pourquoi débarquent-ils ? Que cherchent-ils ? Que faire pour les humains ? Les bribes d’informations situent la menace du côté des mécanismes équipant les poissons. Et si ces mécanismes provenaient de Gear World on aurait un crossover avec Rick et Morty ! Cette piste ne sera pas explorée par le manga, la rationalisation de ce qui se passe restant assez énigmatique, comme souvent avec l'auteur.
On apprendra par contre à repérer certains outils du mangaka déployés ailleurs : les traits du visage qui changent pour marquer les modifications internes chez les personnages, un membre de famille un peu louche, des liens humains qui se distendent alors que le monde qui nous entoure est en voie d’effondrement, un peu de grotesque aussi (le cirque, les tuyaux branchés…) et quelques incohérences. Gyo est un poil trop long pour ce qu’il a à offrir et contient deux histoires courtes (dont la première, vraiment courte ne restera pas dans les mémoires amha), sans rapport avec les poissons qui marchent. Un titre à lire si l'occasion se présente à vous.