4
604 critiques
Bibi n'a pas aimé
Il y a des jours où j'ai honte, honte d'être incapable d'apprécier ce qui est considéré comme un chef d'oeuvre par le commun des mortels. A commencer par mon libraire spécialisé BD qui m'a remis...
le 1 janv. 2012
Avec Habibi (2011), Craig Thompson livre une œuvre ambitieuse et envoûtante, où l’intime se mêle au spirituel, et où chaque case déborde de détails sublimes. Ce roman graphique, qui puise son inspiration dans la poésie, la religion, et la condition humaine, est une odyssée à la fois visuelle et émotionnelle, un voyage où l’amour et la survie dans un monde cruel forment le fil conducteur.
L’histoire suit Dodola et Zam, deux âmes perdues liées par leur passé commun, leur solitude, et leur quête de sens dans un univers impitoyable. Esclaves, fugitifs, et survivants, ils évoluent dans un monde empreint de symbolisme, où les contes orientaux et la réalité brutale s’entrelacent. Leur relation, oscillant entre amour fraternel et passion déchirante, est le cœur vibrant de ce récit tentaculaire.
Dodola, à la fois forte et vulnérable, incarne une héroïne tragique marquée par les injustices d’un monde patriarcal. Zam, quant à lui, est un personnage profondément touchant, dont l’innocence et la souffrance reflètent une humanité à fleur de peau. Ensemble, ils naviguent dans un univers où la beauté et l’horreur coexistent, où chaque rencontre, chaque lieu, est chargé d’un sens plus profond.
Visuellement, Habibi est un chef-d’œuvre. Les dessins de Thompson, inspirés de l’art islamique et de la calligraphie, sont d’une richesse incroyable. Chaque page semble être une œuvre d’art à part entière, mêlant des motifs complexes, des perspectives audacieuses, et des compositions qui laissent le souffle court. Les scènes de désert, les cités oppressantes, et les rêves mystiques créent une atmosphère immersive et intemporelle.
Narrativement, Habibi est ambitieux, presque trop. Thompson tisse un récit dense, explorant des thèmes aussi variés que la spiritualité, la sexualité, l’exploitation, et la rédemption. Le résultat est souvent captivant, mais parfois écrasant, tant les idées et les symboles se bousculent. Certains lecteurs pourraient se perdre dans ce flot d’images et de concepts, mais ceux qui acceptent de s’y plonger trouveront une profondeur rare.
L’un des aspects les plus marquants de Habibi est sa manière d’aborder des sujets graves avec une poésie visuelle et narrative. Thompson ne fuit pas les thèmes difficiles – viol, esclavage, et inégalités – mais les traite avec une délicatesse qui évite le voyeurisme. Il en résulte une œuvre aussi dure que belle, qui ne laisse personne indifférent.
Cependant, l’ambition de Habibi est aussi sa faiblesse. Certains passages peuvent sembler trop didactiques ou ralentir le récit, notamment dans les digressions sur la religion ou la culture. Mais ces moments, bien qu’intenses, ajoutent à la richesse et à la singularité de l’œuvre.
En résumé, Habibi est une odyssée graphique et narrative qui transcende les genres, mêlant le conte et la critique sociale, la beauté et la brutalité. Avec des dessins somptueux et une histoire profondément humaine, Craig Thompson signe une œuvre qui touche autant les yeux que le cœur. Un livre à lire lentement, comme on déplie une étoffe précieuse, pour savourer chaque motif, chaque émotion, et chaque souffle.
Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Les meilleures BD de 2011
Créée
le 23 déc. 2024
Critique lue 7 fois
4
604 critiques
Il y a des jours où j'ai honte, honte d'être incapable d'apprécier ce qui est considéré comme un chef d'oeuvre par le commun des mortels. A commencer par mon libraire spécialisé BD qui m'a remis...
le 1 janv. 2012
9
400 critiques
La narration est ici un enchantement, entre contes des pays de sable et d'islam, mystique des lettres et des souffles divins, amour plus forts que les appétits contraires et des hommes, et des temps...
le 10 juil. 2012
10
257 critiques
Habibi est un chef-d'œuvre. Si le début paraît un peu trop onirique et qu'on se perd aux premiers flashbacks, la peur du néophyte est de suite rattrapée par la profusion de détails graphiques, que ce...
le 12 mai 2013
7
2468 critiques
Astérix, c’est un peu comme un banquet chez Abraracourcix : on y revient toujours avec plaisir, même si parfois le sanglier est un peu moins savoureux que d’habitude. Avec L’Iris Blanc, Fabcaro prend...
le 31 janv. 2025
7
2468 critiques
Si tu pensais que les grandes histoires d’amour du XVIIIe siècle étaient toutes romantiques et pleines de sagesse, l’Abbé Prévost est là pour te prouver que non, on peut aussi écrire un best-seller...
le 27 févr. 2025
8
2468 critiques
Si tu pensais que les classiques du XIXe siècle étaient juste de belles histoires d’amour contrariées, Les Misérables de Victor Hugo est là pour te rappeler qu’on peut aussi écrire un pavé où se...
le 19 févr. 2025
SensCritique dans votre poche.
Téléchargez l’app SensCritique.
Explorez. Vibrez. Partagez.



À proposNotre application mobile Notre extensionAideNous contacterEmploiL'éditoCGUAmazonSOTA
© 2026 SensCritique
Thème