Haute enfance
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Haute enfance

BD de Néjib (2024)

"Haute Enfance" de Néjib impressionne par ses dessins vifs et expressifs, servis par une palette de couleurs volontairement limitée ,mais audacieuse. Le trait nerveux et saccadé de l'auteur donne vie à une bande d'adolescents tunisiens des années 80, notamment à Slim, véritable protagoniste de cette histoire.


Ce dernier, dessiné à coups de serpe, arbore un sourire carnassier qui incarne parfaitement l'archétype du cancre qui veut donner le change. Ses résultats scolaires misérables sont compensés par une décontraction naturelle, un charisme magnétique et une légitimité gagnée à force de lance-pierres et d'agressivité. Face à cette figure aussi fascinante que repoussante, les autres personnages font pâle figure - élèves moyens issus de bonnes familles qui cherchent simplement à pimenter leur quotidien en suivant le caïd de leur classe.


Cette expédition vengeresse contre leur instituteur oppressant se mue en véritable quête initiatique et rite de passage. Mais là où les enfants de familles aisées y trouveront une forme de rédemption, Slim, issu des classes populaires et baignant dans un environnement violent, sera contraint d'aller jusqu'au bout de sa propre quête, jusqu'à l'ultime sacrifice, sinon de sa personne du moins de son destin.


Au-delà de cette lecture sociale, "Haute enfance" est aussi un témoignage simple, touchant et sincère sur les relations entre frères. Derrière les rivalités apparentes, la main tendue de l'aîné à son petit frère en danger est une manière de se rappeler que jouer au caïd, c'est avant tout jouer. C'est-à-dire feindre d'être un autre, plus fort, plus dur, plus détaché... Pour se protéger et pour se construire.


La mise en valeur du mouvement et du geste, son art du rythme, sa capacité à retranscrire en quelques coups de crayons la vitesse, sont par ailleurs les grandes forces de cette œuvre. Au-delà de ses dessins éloquents et de son intrigue habilement menée, "Haute Enfance" se révèle être un roman graphique touchant -quoique trop bref- sur l'enfance et l'adolescence, l'amitié et la fraternité, la rébellion contre l'autorité et le déterminisme social dans la Tunisie des années 80. Un pays où déjà le besoin de révolte contre une autorité injuste se faisait sentir... Et où il devrait refaire surface prochainement.

ZachJones
7
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le 5 mars 2025

Critique lue 9 fois

Zachary Jones

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