C'est l'autobiographie du scénariste, qui est également cinéaste. Ses parents sont des Afghans qui appartiennent à l'ethnie minoritaire Hazara, des chiites dans un pays sunnite. L'Afghanistan étant devenu invivable pour ses parents, ils ont migré en Iran, un pays chiite comme eux, avant la naissance de Reza. Malheureusement, ils découvrent rapidement que les Iraniens détestent les Afghans presque autant que les Afghans détestent les Hazaras !
La BD débute en France, à l'OFPRA (office français de protection des réfugiés et apatrides). Reza est dans le bureau de la juge qui va décider de lui attribuer (ou pas) une carte de séjour.
Dans les premières pages, Reza explique à son dessinateur que "Dans Les mille et une nuits, Shéhérazade doit raconter [des histoires] au roi Shahriar pour le divertir, et ne surtout pas s'interrompre, ni être arrivée à la fin du conte avant le lever du jour. Eh bien, à l'Ofpra, c'est un peu pareil, avec un magistrat à la place du roi Shahriar. En face, on est comme Shéhérazade. On doit raconter notre histoire si on veut s'en sortir. Et on a intérêt à être convaincant." "Les histoires, parfois, c'est une question de vie ou de mort".
Yann Damezin est né en France mais ses dessins, très beaux, nous font voyager dans l'imagerie persane. J'ai appris beaucoup de choses sur l'Afghanistan et aussi sur l'Iran, pays au centre de l'actualité internationale actuellement. Les auteurs nous rappellent que le parcours des migrants est souvent incroyable et toujours douloureux.
Finalement, le style de cette œuvre est expliqué par une des paroles de Reza Sahibdad (p. 194) : "Tu sais comment sont les persophones, toujours à parler par images et par citations poétiques."