Héraklès, tome 1 par arnonaud
Certainement le premier album d'Edouard Cour, cet Héraklès tome 1 est une très belle réussite. Comme il le dit lui même, son Héraklès est le joyeux mélange d'Astérix, Ulysse, Sangoku, Superman, Socrate le demi-chien et de Kratos. On sent vraiment qu'il a avalé des influences de tous les horizons et qu'il les synthétise ici dans un album très frais, très dynamique et agréable à lire et qui porte vraiment sa touche personnelle.
Edouard Cour a un indéniable talent graphique, qui est visible dès la couverture, vraiment marquante et qui attire indéniablement l’œil (dans mon cas en tout cas), et qui est présent à chaque page de l'ouvrage. Son trait crayonné est vraiment excellent, très lâché, très dynamique, et donne vraiment une ambiance singulière au titre. En outre, le style graphique adopté permet à Cour de jonger admirablement entre les registres comiques, dramatiques ou tragiques sans sourciller et en restant toujours pleinement efficace. Ses monstres sont ultra impressionnants, les bastons, très courtes, sont palpitantes, son Heraklès est à la fois puissant, inquiétant, bêta et attachant, et il y a quelques scènes plus subtiles, plus touchantes, là aussi très réussies.
Il faut dire qu'il y a un vrai sens de la narration séquentielles dans ces pages. C'est une lecture ultra fluide, et ultra lisible (sauf certaines bastons un peu trop obscurcies par les couleurs des monstres), avec toujours des choix très pertinents de cadrages.
Au niveau de la colorisation, si l'on regrettera son amour des textures photos de nuages, herbes ou rocher qu'il colle parfois dans ses images et qui n'ont pas toujours un rendu très heureux, c'est quand même du très bon boulot avec de belles ambiances colorées. Il utilise des palettes limitées, beaucoup de camaïeux ou de bichromies, et ça lui permet de donner des ambiances très fortes à ses séquences et de continuer à forger l'ambiance de la série. Ambiance renforcée par les peaux dorées des personnages qui rappellent le style ornemental antique. En outre, Edouard Cour n'oublie pas de changer complètement d'ambiance colorée selon les scènes, renforçant le sentiment de voyage, et l'on a le droit bien souvent à des couleurs en parfaite adéquation avec la tonalité des scènes.
Donc voilà, je pense que vous l'avez compris, l'album est très beau et témoigne d'une vraie maîtrise graphique au service d'une histoire plus anecdotique, Hercule qui fait ses travaux, mais quand même très bien racontée. Si ça peut paraître un peu simplet au premier abord, ça gagne un peu en densité au fur et à mesure. On se rend compte de l'absurdité de ces travaux, de sa solitude, du jeu de massacre auquel se livre le personnage pour réussir sa quête, et il y a son passé mystérieux... (enfin, mystérieux pour qui ne connaît pas vraiment le mythe originel). Ce n'est pas encore pleinement exploité, mais ça suggère une profondeur supplémentaire au récit qui risque d'être plus accentuée dans le second tome. En tout cas, ça commence de fort belle manière.