Les aventures de Francis Blake [ancien pilote de la Royal Air Force (R.A.F.) puis directeur du MI5 (service britannique de contre-espionnage), moustachu et blond] et Philip Mortimer (professeur spécialisé en physique nucléaire, barbu et roux) ont été créées et dessinées (8 titres en 12 albums, paraissant d’abord en feuilleton dans le journal » Tintin ») par le Belge Edgard Pierre Jacobs (1904-1987). Après sa mort, la série Blake et Mortimer continua avec 2 auteurs, l’un scénariste et l’autre dessinateur. « Huit heures à Berlin » (2022) est le 29e album, dû aux scénaristes français José-Louis Bocquet (72 ans) et Jean-Luc Fromental (60 ans) et au dessinateur français Antoine Aubin (55 ans). Le titre fait référence au voyage éclair du président américain John F. Kennedy (1917-1963) à Berlin-Ouest où il prononça sa célèbre phrase « Ich bin ein Berliner » (« Je suis un Berlinois ») le 26 juin 1963, à l’occasion des 15 ans du blocus de Berlin (par l’U.R.S.S. qui bloqua les voies routières et navigables par lesquelles les Etats-Unis, les Britanniques et les Français ravitaillaient la ville enclavée en Allemagne de l’Est). Cette intrusion de l’Histoire dans le récit en fait le sel, en plus de la présence du méchant récurrent, le colonel Olrik, présent dans tous les albums, sauf deux (car il était alors en prison) et du thème du double ou « Doppelgänger », présent dans le folklore germanique, et déjà évoqué dans « Les 3 formules du prof. Sato » (1977) d’Edgar Pierre Jacobs, sous forme de robots humanoïdes. Dans une ambiance évoquant « Metropolis » (1927) de Fritz Lang (tourné dans les studios de Babelsberg à l’ouest de Berlin) et « Orange mécanique » (1971) de Stanley Kubrick, et le monde de la guerre froide avec un savant fou (Julius Kranz, médecin ayant sévi dans le camp nazi d’Auschwitz-Birkenau en Pologne), il y un moment de fraicheur et de nostalgie (au début, page 9) lorsque Philip Mortimer se rend en avion à Sverdlovsk (Ekaterinbourg de nos jours) dans l’Oural, avec Olga Mandelstam, archéologue et qu’ils récitent des passages du « Cantique des cantiques », poème érotique de la Bible attribué à Salomon.