Lorsque le Petit Nicolas quitte la maison - parce qu’il a renversé une bouteille d’encre sur le tapis neuf, aussi sa maman l’a grondé - il projette de revenir « dans des tas d’années », quand il sera très riche, « avec des avions et des autos ». Si sa fuite ne dure finalement que quelques heures, sa volonté de revenir tranche avec Hideo Azuma qui, quand il met les voiles, ne projette pas de revenir chez lui (et encore moins après avoir fait fortune).
Son Journal d’une disparition évoque, en fait, trois points dans sa trajectoire : sa première disparition en 1989, sa seconde disparition en 1992 et, enfin, son alcoolisme (le récit démarre ici en 1997). Les deux fois où il disparaît, il laisse ses planches et son travail de mangaka en plan. L’urgence c’est de s’éloigner d’un milieu où il ne se sent pas bien, où il a de mauvaises pensées. Il trouvera refuge en forêt, en ville, aura de quoi manger et boire en faisant les poubelles, travaillant pour une entreprise de travaux publics. Entre les deux disparitions on peut ainsi voir ses progrès en matière de gestion du quotidien d’un disparu volontaire, d’élaboration de ses trajets. Certains passages font penser au Vagabond de Tokyo.
Même quand il sera question de son alcoolisme, Azuma traite le sujet avec humour. Même quand il se fait frapper, racketter + ou - ouvertement, il ne cherche pas la compassion du lecteur, il en parle comme un phénomène banal, insistant toujours sur les aspects les plus drôles qu’il a pu voir (un motard qui rentre dans une maison, une tronçonneuse qui manque de le décapiter, une « reine » dans l’hôpital où il est traité pour son alcoolisme…). Ce décalage est renforcé par le trait tout en rondeur de l’auteur, qui donne un aspect cartoon et gag en X cases à ses planches.
On ne saura trop rien au sujet de comment sa famille a vécu ces moments (si ce n’est à travers quelques phrases en entretien) et l’état de leurs relations. On saisit comment « l’évaporation » et l’alcoolisme se construisent chez Azuma. Et on comprend aussi que le milieu de l’édition n’est pas de tout repos avec les mangakas.