Kaiju nº 8
6.5
Kaiju nº 8

Manga de Naoya Matsumoto (2020)

Tant qu'ils se contenteront de si peu

Ah ! Voilà ! Un manga a, relativement récemment, connu une notoriété retentissante auprès du grand public. Cela seulement, ne peut qu’engager à la lecture de ce qu’on devine évidemment être une merveille.



Laissez-moi vous parler du « grand public ».


« Encore ?! »

« Toujours ! »


On les agonit jamais assez de mollards ces animaux-là, et aussi longtemps qu’il me restera une goutte de salive en gueule, même en plein désert, je l’utiliserais plus volontiers pour leur cracher à la trogne, plutôt qu’à m’humecter les lèvres.

J’ai comme un préjudice contre ces gens-là. Un préjudice amplement justifié par leurs constants plébiscites, ceux-ci toujours tournés comme des mites vers les flammes.


Un préambule. Un que je lâche comme une bombe à neutrons avant de faire déferler les bombes incendiaires, de quoi marquer les esprits afin qu’on ne se méprenne pas sur mes intentions. Vous saviez-vous, que Joséphine Ange Gardien avait atteint un record d’audience à 11 155 940 spectateurs en 2007 ? Lisez bien, on ne parle pas de 11 155 940 personnes devant l’écran, mais de 11 155 940 postes de télévision allumés. Vous pouvez alors, aisément doubler voire quasiment tripler la masse humaine devant la lucarne. Ce que ça vous avance de savoir ça ? Ça vous situe, dans les grandes lignes – grandes et grasses – ce que c’est, le « grand public ». Il n’est grand que de l’ampleur de sa masse, mais fait d’une bassesse servile et crasse qu’on ne sent même plus de le prendre en pitié pour venir si délibérément téter le poison qui les pourrit un peu mieux en-dedans. Non, les savoir se suicider à grand renfort de mauvais goût concentré, ça me chagrine que modérément. Mais à savoir que ces gens-là existent, il faut néanmoins soupirer de dépit et s’exclamer « pauvre de nous ».


Car aussi longtemps que les pourceaux se bâfrent allègrement de Joséphine Ange Gardien, la télé ou le cinéma... ou le reste, personne ne se sentira pas de hausser le niveau de ses créations. À quoi bon ? La majorité est abonnée à la médiocrité, c’est un théorème démocratique invariable ; regardez ce qui alimente l’admiration des foules en tout domaine et vous serez persuadé de ma démonstration scientifique. Joséphine Ange Gardien le soir – pour le culture – un peu rap mongolien en prenant sa tuture pour aller au turbin, on se fait une toile devant Un Petit Truc en Plus, monument cinématographique impérissable s’il en est, au quand on lit – si on lit – ce n’est que pour se pourlécher de Marc Lévi dans son petit lit Ikéa logé dans son bel immeuble à l’architecture signée Le Corbusier. Puis, de temps en temps, pour épanouir ses horizons culturels, on s’essaye à l’exotique, aux mangasses, et puis on se Kaiju no 8.


« Ça va Jojo, tu le vis bien ton mépris de classe ? »


Excellemment. D’autant mieux que de la caste la plus prolétaire, j’en suis. L’eau qui gèle dans les logements insalubres mal isolés, les fringues que trois de mes cousins ont porté avant que je les ais sur le dos, les huissiers à domicile, la cantine non payée et le jeûne du midi qui vient, j’ai connu étant môme. Et pourtant, d’instinct, parce que j’avais peut-être en moi un sursaut d’humanité qui me conduisait à m’accepter comme quelque chose de plus qu’un mammifère rampant, je vomissais la Joséphine, les rappeux baveux, le cinémâââââ françaââââââis contemporain, et esquivais très volontiers la fange que tout le paysage dit culturel en occident cherchait désespérément à me jeter à la gueule par tous canaux possibles et imaginables. Je vous parle de ça… d’un temps qui me ramène au collège.

Et à ce jour, aux prochains aussi, je vois que de jeunes adultes, sans même avoir été menacés d’une lame dans le dos, se ruent sur du Kaiju no 8, énième déjection de l’immense fosse à merde dans laquelle ne vont que trop se repaître les lecteurs de mangas. J’ai beau chercher à l’écoper à la cuillère, qu’un jour, quelque chose de propre puisse y germer, la tâche m’est rendue ardue par le « grand public ». Le « gros public » plutôt, flasque et alangui du trop-plein de mou qui lui déborde dans le crâne pour sans cesse porter son crédit au pire.


Tout ça pour dire que Kaiju no 8, j’ai trouvé ça moyen-moyen. Lisez entre les lignes, vous percevrez peut-être l’infini euphémisme que j’y ai fourré là.


Est-ce mieux ou pire que ce qui se fait en la matière ? C’est pareil. Il faut dire qu’à chercher à sans cesse vouloir faire le pire du pire constamment, on atteint un seuil. Même l’infiniment petit connaît un terme à force qu’on prolonge ses efforts pour nous rendre plus loin dans ses méandres. Ça voudrait faire pire que ce ne pourrait guère faire davantage. Aussi, Kaiju no 8 n’est pas pire que les autres ; il est les autres. Il n’aura même pas pour lui d’être original ou singulier dans l’infamie qu’il connaît, à se trouver d’une banalité confondante devant nos yeux assoupis.


Les dessins sont rudimentaires, initialement rondouillard – ce qui n’est pas pour me déplaire – jusqu’à prendre le pli du cahier des charges Shônen pour doter les personnages de ces allures classes et inspirées afin qu’ils puissent mieux se complaire dans la pose. Il n’en demeure pas moins que dès les prémices, le manga nous accable des archétypes classiques, autant en terme de character design que d’écriture des caractères, pour ne surtout pas chercher à nous surprendre agréablement.


Le concept n’est pas mauvais, ce doit être dit, mais à moins d’avoir une rigueur dans la plume, celui-ci ne peut tenir très longtemps avant de se laisser aller à la débandade et la frénésie castagnière. Nous ne suivons alors pas les chasseurs de Kaijus, mais les nettoyeurs venus passer derrière après que les créatures immenses soient effondrées dans les gravats. J’aime encore bien le principe, à condition qu’on sache l’exploiter comme il se doit.


Ça tiendra pas le temps d’un chapitre entier.


Notre personnage principal s’illustrera dans un combat inopiné puis sera béni d’un don scénaristique tombé littéralement de nulle part. Elle est pas belle la vie ? Belle de la facilité et la prévisibilité qui en découle ostensiblement comme les fluides s’échappant d’un cadavre.

Car oui, en deux cases de temps, sans qu’un contexte n’ait pris le temps d’y prédisposer franchement, une ersatz de Kaiju lui entre dans la bouche et il devient aussitôt un homme-Kaiju très classe qui combattra le mal et… vous connaissez la suite, elle a déjà été écrite mille fois ailleurs. L’Attaque des Titans, tout ça. Si on remonte jusqu’à la source, on se retrouve même du côté de chez Devilman après être passé par Parasite. C’est dire si l’affaire est novatrice.


Alors au menu – j’espère que vous n’avez pas faim – de gros coups ultra bourrins pour un peu décaniller du monstre géant.

Des questions ? Oui, toi au fond ? Ah non, ça n’aura aucun rapport avec Bleach, aucun personnage ni un semblant de construction de l’univers ou même un effort de mise en scène ne sera à votre disposition pour rendre la bagatelle plaisante à lire. C’est plus ou moins du One Punch Man. Oui, oui… celui dessiné par Murata.


« Y’aura quand même un peu de variét... »


Que dalle. C’est sans cesse la même chose dans une parodie de contexte qu’on remanie en bougeant un meuble de deux centimètres sur le côté pour donner le change et nous assurer que ça n’a rien à voir avec ce que nous avons déjà lu.

Parce que, faut pas croire, y’a des gens qui lisent ça, vous savez. Pas pour la finalité d’en tirer une critique ; ils pensent retirer quelque chose de leur lecture. Heureux les simples d’esprit et malheur à ceux qui, d’esprit, en ont.


« Ouais mais après, il maîtrise une transformation partielle »


Ce qui change tout. Chacun en conviendra en détournant le regard honteusement.


Les combats, in-ce-ssants, sont stupidement frénétiques, dessinés sans une idée de scénographie pour les mettre en exergue, les rendant aussi omniprésents que dépourvus du moindre atome d’intérêt qu’on puisse éventuellement leur porter. C’est ça, Kaiju no 8, de la castagne pauvre qui se poursuit inlassablement sans jamais rien innover depuis plusieurs années de parution déjà. Et toujours avec son lot de zélés qui vient bêler comme au zoo.


Il n’y a rien à voir tout du long et pourtant, il se trouve pléthore de masses organiques pour y river les prunelles de longues heures. Y’en a même qui attendent impatiemment, semaine après semaine, qu’on vienne les couvrir de leur nouvelle couche de fiente.

Plébisciter ce genre d’œuvre participe foncièrement d’une démarche masochiste. À force d’étudier le phénomène, je me fais l’expert psychologue du lectorat de ce genre d’œuvres, et le bilan que j’en tire n’est pas franchement engageant. On est en phase terminale, il va falloir couper. On n’a pas le choix. Lâchez-moi monsieur l’agent ! Je dois sauver ces gens-là d’eux-mêmes avant qu’ils ne tirent avec eux le corps social tout entier vers les abîmes de leur médiocrité coutumière. Comment ? C’est trop tard ? Ouais… je sais… mais au moins, ça me soulagera les nerfs !


Si au moins les Kaijus – car ça parle de Kaijus figurez-vous – pouvaient se targuer d’une conception graphique originale, de quoi un peu nous dépayser. Même de ça, nous en sommes privés. Les créations graphiques sont insipides et conçues sans imagination. Les Apôtres de Berserk, les Éveillés de Claymore, les démons de Devilman, les Players de Zetman, les Hiruko de A Journey Beyond Heaven, même les Hollows de Bleach ; tout ça et tout le reste, il semblerait que ça n’ait pas inspiré Naoya Matsumoto ne serait-ce que d’un broque de sens créatif au moins sur le plan graphique.

Qu’est-ce que vous voulez retirer d’une pareille lecture si ce n’est un sentiment prononcé d’exaspération devant le manque d’ambition qui s’offre à nous si impudiquement, toute honte bue.


Là-dessus, du cliché en pagaille, des dialogues navrant qui vous font regretter les phases d’action lamentables et fouillis, peu importe par où on le prenne, Kaiju no 8, c’est pour se navrer de ce qu’on y découvre. Alors vous qui me lisez, si ce n’est pas trop tard… ne le découvrez pas. Il n’y a rien à révéler si ce n’est une nouvelle exaction Shônen comme vous n’en avez lues que trop et comme vous ne vous en dispenserez que mieux.

Josselin-B
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le 14 févr. 2026

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Josselin Bigaut

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