Loin d'être mon premier Cyril Bonin, dont je trouve le travail très hétéroclite en termes de plaisir de lecture, j'avais hâte de me lancer dans Karl, qui a reçu d'excellents retours.
S'il y a bien une chose que j'ai toujours adoré chez cet auteur, c'est son travail de coloriste. Aux habituelles teintes de jaune, d'orange et de marron qui imprègnent son œuvre s'ajoute ici un bleu omniprésent, celui de Karl, qui donne une identité visuelle forte au robot et apporte de nouveaux contrastes à ses planches. On retrouve également cette élégance et cette finesse dans le trait de Cyril Bonin qui me plaisent beaucoup. Je suis toujours impressionné par la délicatesse qui se dégage de ses dessins, en parfaite adéquation avec l'ambiance du récit.
Karl, qui donne son nom à l'album, permet d'explorer une question récurrente de la science-fiction : les robots peuvent-ils développer une conscience ? Peuvent-ils ressentir des émotions ? Rien de particulièrement original sur le fond, d'autant que le traitement du personnage passe parfois par de longues tirades philosophiques qui n'en finissent plus. Pourtant, j'ai trouvé Karl très attachant. Ses silences, ses gestes et surtout la relation qu'il entretient avec le grand-père lui confèrent son humanité. J'ai également beaucoup apprécié la conclusion de son arc, qui vient clore avec beaucoup de justesse le récit.
À l'inverse, Magda, l'autre personnage principal, est pour moi le principal point faible de la BD. Je trouve regrettable qu'elle soit presque uniquement définie par sa relation, ou plutôt son absence de relation, avec son père. Tout au long du récit, elle semble traverser les événements sans réellement exprimer d'émotions, ce qui est d'autant plus ironique que le robot paraît finalement plus sensible que l'héroïne. Le manque d'expressivité des visages n'aide d'ailleurs pas à créer des émotions...
Au final, j'ai eu beaucoup de mal à comprendre ses motivations : pourquoi est-elle si attachée à la demeure de son père ? Pourquoi rejette-t-elle avec autant de force les technologies avancées ? Et que dire de la relation amoureuse avec son crush blondinet qui est catapultée en deux pages... Beaucoup d'éléments restent flous, au point que j'ai parfois eu l'impression que sa présence n'était pas indispensable. C'est d'autant plus dommage que Cyril Bonin m'avait habitué à des personnages féminins bien plus nuancés.
À mes yeux, une cinquantaine de pages supplémentaires n'auraient pas été de trop pour développer davantage sa personnalité et ses relations. Cela aurait également permis d'approfondir la réflexion autour de l'intelligence artificielle et des liens entre humains et IA.