..."Pourquoi je t'aime. Toi qui te moques de moi et de tout. Avec ton air canaille, canaille, canaille. How can I love you. Comment puis-je t'aimer" ('For me formidable' d'Aznavour)
Cette BD m'a rappelé mon visionnage en salle de Fuori sur une partie de la vie de Goliarda Sapienza: leurs humanités me semblent proches?
C'est la biographie d'une artiste, modèle, actrice, chanteuse, danseuse et alors jet-setteuse de Montparnasse au début du XXe siècle.
Livre que j'ai découvert sur SC, un site qui m'a remis à la BD. Je l'ai même finalement achetée (et pas juste empruntée à la bibliothèque).
Mais j'avais échoué à continuer ma première tentative de lecture il y a des années.
Cette fois, j'ai tout aimé. Je l'ai vécue comme une visite guidée titillante et fun: j'ai même consulté après chaque chapitre les courtes biographies de quasi chaque personnalité que Kiki rencontre; bios intelligemment ajoutées à la fin de l'ouvrage nous évitant internet.
ça donne envie de l'avoir rencontrée.
J'ai l'impression un peu de l'avoir connue.
Dans mon cinéma intérieur, j'ai imaginé un mélange de l'actrice autrice Tamsin Greig, la chanteuse Barbara et autrice people Marcela Iacub. Avec l'énergie, le bagou et l'aura du personnage d'Elsa Zylberstein dans Un + Une de Lelouch ou celles de surtout notre Annie Girardot dans tous ses films dont le quasi chef d'oeuvre Tendre poulet ou ses épatants dialogues dans Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas mais elle cause.
Puis je suis allé tardivement voir les vraies photos et (prenants) portraits et tableaux pour lesquels elle a tant posé. Je n'ai pas encore vu ses tableaux.
En plus d'être distrayante et jamais ennuyeuse ou laide, cette BD m'a rappelé et fait réviser des figures, évènements artistiques et historiques sur presque 60 ans.
Kiki croise des artistes quand ils sont débutants, méconnus et pas reconnus, mais aussi les recroise quand ils ont atteint un grand nombre de 'followers'.
Le plus touchant est finalement l'intégrité et les principes de cette Kiki qui a eu beaucoup d'occasions vénales de se caser tant elle était couverte d'avances de très riches mentors, prêts à l'épouser. Comme la personnage de Strip Tease jouée par Demi Moore, danse dont Kiki est fan, elle se révèle celle avec souvent plus de principes moraux que ceux qui l'entourent...
Résumé de SC: "Dans le Montparnasse des années vingt, Kiki réussit à s'extraire de la misère pour devenir l'une des figures les plus charismatiques de l'avant-garde de l'entre-deux-guerres. Compagne de Man Ray dont elle inspirera les photos les plus mythiques, elle sera immortalisée par (Moise) Kisling, (Leonard) Foujita, Per Krohg, Calder, Utrillo ou Léger. Mais si Kiki est la muse d'une génération qui cherche à évacuer la gueule de bois de la Grande Guerre, elle est avant tout une des premières femmes émancipées du siècle passé. Au-delà de la liberté sexuelle et sentimentale qu'elle s'accorde, Kiki s'impose par une liberté de ton, de parole et de pensée qui ne relève d'aucune école autre que celle de la vie..."
Autres détails:
- à la fin, outre les mini bios de ses amis, il y a aussi une chronologie résumant sa vie: certains points n'ont pas été illustrés dans la BD. J'aime par exemple qu'elle tombe amoureuse d'un sosie de Jean Gabin qui est aussi excellent accordéoniste, et même après leur rupture, ils resteront amis et il jouera pour elle sur scène (les deux pris en photo par quand même Brassaï).
- son dernier rôle au cinéma a été une caïd dans une prison pour femmes dans un film de Litvak de 1933: Cette vieille canaille.
- elle croisera aussi le peintre Raoul Dufy (dont j'ai longtemps eu une reproduction en face de mon grand lit; encore une info clé sur SC), mais aussi le musicien Louis Armstrong
- la manière dont Moïse Kisling est dessiné/coiffé me rappelle Spock dans les récents Star Trek (joué par Zachary Quinto)
- une énorme partie est consacrée à sa relation, certes longue (même si en pointillé) avec le peintre déçu donc devenu photographe, Man Ray, mais j'avoue que ça n'a pas été ma relation favorite ou personnage préféré: j'en ai trouvés d'autres plus gentils et d'influences plus positives comme ceux tentant de la désintoxiquer ou/et Henri-Pierre Roché (celui de Jules et Jim) qui sincèrement aime les propre peintures de Kiki et la motive à s'exprimer autrement qu'avec ses prouesses sexuelles et de mannequin. Une autre relation, au début, est très émouvant: Chaim Soutine.
- Ernest Hemingway préface et vante ses mémoires...
- ...et j'avais pas de suite compris que la dernière maitresse de Man Ray remplaçant Kiki, finalement d'accord et elle-même baguenaudant sexuellement, était la Lee Miller jouée récemment pas Kate Winslet (l'entre autres photographe, d'entre autres la salle de bain d'Hitler où elle se prit nue se lavant des poussières des camps...ma moins préférées de ses photos, puisque je lui avais privilégié celle plus simple ou petite où on voyait clairement chez Hitler, dans son bureau, un globe-terrestre à la Charlot sur son bureau!