Faut y croire, ou bien faire semblant. Ah si. Si vous souhaitez que ça fonctionne, vous pouvez pas faire autrement, car à prendre le récit pour ce qu’il est, vous passerez un moment terrible.
Ce fut mon cas, et voici mon histoire. Ou ma critique. Ou ce que vous voulez, mais finissons-en, car, comme il est permis de vous en douter, c’était pas bien fameux comme affaire.
L’entame ici se fera par le truchement de la morphopsychologie ; faut bien commencer quelque part. Et s’il le faut, c’est par la faute du dessin, de la conception graphique des personnages tout notamment. Ah, ils ne vous prennent pas à revers, ils affichent ce qu’ils sont sur leur visage. N’y aurait-il pas un mot dans une seule des bulles qui nous sont présentées que nous pourrions de toute manière deviner au moins le propos qui émane de ces protagonistes. Les garçonnets niais, les voyous, les jeunes et jolies jeunes filles innocentes, tout ça sera exacerbé sur une série de visages rudimentaires et aura en plus le culot de conduire l’intrigue.
Et parlons-en, de cette chienne d’intrigue. Tenez-y vous bien à la suspension de crédibilité, et ne faiblissez pas des bras, car la chute sera sévère si vous arrêtez de vous y cramponner. À moi, elle m’a tout de suite glissé des doigts. Tout part d’un spam concernant une classe d’une trentaine d’élèves les enjoignant à se soumettre à quelque défi puéril. Là où chacun aurait mis le message à la poubelle, tous ici s’y adonnent sans réserve aucune avec un enthousiasme si débordant que tout, dans la mise en scène, nous intime à ne pas y croire. Ces comportements de lycéens, ils ne passent pas. Ceux-là se meuvent comme leur intime la narration et non pas quelque semblant de logique ou de cohérence.
Rarement j’ai été aussi agacé de buter case après case sur ce qui y est cloîtré entre quatre traits. C’est à jurer – jugez-en par vous-même – que chaque fois qu’ils s’expriment, les personnages hurlent et s’agitent pour espérer créer du dynamisme artificiel. Tout est accompli pour que rien n’ait l’air naturel et authentique. La fiction nous apparaît ici lointaine et même répulsive rien que dans la manière dont elle s’agence, nonobstant même le fond qui n’est pas franchement recherché. Mangez-en, de votre Assassination Classroom croisé Alice in Borderland avec des pépites de Tomodachi Game dedans. En moins bien, car la fusion bancale dont nous aurons été sanctionnés y aura laissé des chromosomes en s’accomplissant.
Et c’est dommage. Car sans être d’une absolue transcendance conceptuelle, l’idée se tient et, avec une bonne mise en scène et des personnages mieux écrits, aurait pu nous intéresser autrement mieux à l’affaire. Seulement, ces personnages pourrait crever mille morts que pas une ne nous agiterait un sourcil, le récit, les dialogues et les interactions ayant été foncièrement négligés par les auteurs à la manœuvre.
Que les défis tournent principalement autour du cul n’aident pas vraiment à ce qu’un lecteur cherchant un contenu prenant s’attache à ce qu’il lit. Et c’est heureux, puisque ce ne sont pas évidemment pas ces gens-là qu’on trouve ciblés par le calcul éditorial en cours. « Si je n’ai pas un rapport sexuel dans les dix prochaines minutes, j’ai un gage qui peut impliquer ma mort ».
King’s Game est typiquement ce genre de manga que j’aurais pu lire au collège pour tromper le temps d’ici la sortie du nouveau Gantz. Ouais... les hormones vous éconduisent parfois vers de sinistres sentiers…
Puis, parfaitement entre nous… le décompte des élèves morts en chaque début de tomes par une case assombrie sur la photo… on n’aurait pas comme qui dirait vu ça quelque part ailleurs ? Tu peux mettre le chapeau de Jessie James, c’est pas exactement ça qui te qualifiera comme héros.
Y’a pas une once d’inspiration propre – ou même sale – à même de doter King’s Game d’une aura bien à lui. C’est un manga quelconque avec une intrigue « Mind Game » typée et des personnages d’une banalité affligeante.
Ainsi que chacun l’a deviné, le jeu aurait pu connaître une fin prématurée si chacun avait pris sur lui d’éteindre son portable et de ne plus lire les défis qui leur étaient transmis. Le récit trouvera une passade tardive à cette issue, une advenue par la magie narrative ayant prise sur tout le récit. Je l’ai toujours dit, ces foutus appareils sont nuisibles en tout circonstance. Mais que voulez-vous, la plèbe préférerait encore ce triste sort que celui promis par le King’s Game du moment qu’on ne les écarta pas de leur Tik Tok. La mort lente, celle de l’esprit, leur est préférable.
Une élève a pour gage de devenir aveugle après ne pas avoir obéi au roi et… s’en contente, se réjouissant prosaïquement que cela lui permet de passer son temps auprès du héros, aussitôt passée à autre chose après qu’on la délesta de la vue. Chose amusante, elle lui téléphonera quelques cases plus tard sans aucune aide pour l’aider à parcourir l’écran, ce à quoi le scénariste a dû ne pas penser. Comme à une myriade d’autres choses.
Une approche aussi désinvolte de son écriture, ça devrait valoir le pénal. Au moins le meurtre peut demander un effort, ce que ne fournissent jamais les auteurs du forfait dont je me suis fait lecteur.
Le jeu n’est finalement plus à propos des défis que des gages. Si on pleure, une règle implicite – quel intérêt d’en avoir fait une ? – vous condamne aussitôt à mort. Le jeu n’impose ni ne respecte le cadre de cohérence posé devant ses lecteurs. Tout se fait au petit bonheur la chance, improvisant de nouveaux enjeux à chaque chapitre pour relancer la machine en la stoppant d’un Cliffhanger à l’autre.
Pire encore, le dessin, à force de fondre sous sa médiocrité, prend le pli des esquisses de Tetsuya Tsutsui au point même que les tons de l’œuvre résonnent avec celui des siennes. Oui, à bien ou mal y réfléchir, c’est aussi mauvais qu’un Duds Hunt ce qu’on lit ici.
Les personnages meurent en série, sans même avoir pris la peine d’avoir été présentés pour la plupart, afin de se confondre dans un génocide de figurants dont la carcasse étalée ne nous suggérera qu’un très modeste haussement d’épaules. Le King’s Game ne se fait pas aux dépends de ses sujets mais de chiens galeux dont la vie n’importe guère. Aussi n’y accordons-nous justement aucune importance.
L’avantage étant que tout ce qu’on s’inflige en cinq tomes est si vide que la purge s’écoule rapidement dans un intarissable et prodigieux torrent de… enfin ça se lit vite, là est le principal.
On n’y lit de toute manière rien d’intéressant. La recherche du « roi » menant à des déconvenues scénaristiques plus cinglantes que la précédente, avec des révélations stupéfiantes pour ce qu’elles ont de lamentables à faire valoir. Le présent manga n’aura guère été plus qu’une inlassable machine à drames tapageurs dont on se sera détourné de chaque.
Le script est si peu concerné par la honte qu’il décide du sort de sept protagonistes aux dés, parce qu’il en reste trop pour conclure le dernier tome.
Puis ça s’arrête pas là. « En fait, le vrai coupable, c’était la mère de Chiemi. ».
Bon sang mais… mais comment j’ai fait pour ne pas m’en douter ? C’est peut-être parce qu’on ne l’a pas vue auparavant, qu’elle n’a jamais été mentionnée, et que pas même un soupçon de bribe d’atome de faisceau d’indice n’ait jamais pointé dans sa direction. Seulement voilà, le volume cinq va se conclure, faut un nom, donc Ria ouvre son ordinateur portable magique et trouve la responsable comme ça, en tout cas celle à l’origine du tout qui a donné lieu à tant de rien.
Pas un effort ne fut fourni dans l’écriture. King’s Game est une tentative de suicide loupée qui se renouvelle durant cinq tomes avant d’aboutir enfin. Et c’est que cette chiasserie voudrait nous entraîner avec elle dans une abîme d’inanité scripturale. Elle y échouera en solitaire, car rares seront ceux à se commettre avec elle.
Conclusion navrante, faussement dramatique, comme pour le reste. Ni une larme ni un quelconque attrait pour l’œuvre ne provint de nous au terme de la lecture. King’s Game est une formule manga, celle inspirée des Daganronpa et autres caciques affiliés, où des lycéens sont réunis pour s’entre-tuer avec des jeux pervers souvent mal inspirés. Et ce spécimen-ci, que je finis d’enterrer pour son bien autant que pour le nôtre, en était un des pires qui soit. C’est pourtant simple à écrire ce genre d’intrigue ; encore faut-il avoir l’envie de se plonger dans son écriture et de s’appliquer. Mais là, ça n’est déjà plus donné à n’importe qui. Il n’est pas donné à chacun d’être appelé « Votre Majestsé », pas à moins d’accepter la couronne du roi des cons.