Jean Doux - L’Héritage Fossile. Un sacré grand écart entre les deux dernières BD de Philippe Valette ! Comment s’attendre, après la comédie absurde policière Jean Doux, à tomber sur une œuvre de pure science-fiction ?
Alors, tout n'a pas été simple pour l'auteur. Il a mis cinq ans à sortir L’Héritage Fossile, cinq ans de boulot et surtout de doutes qui portaient principalement sur l’écriture : à un moment, il avait 150 pages, mais il est reparti de zéro pour tout reprendre avec un vrai apprentissage de la discipline scénaristique. Il explique d’ailleurs que sur ces cinq ans, quatre ont été consacrés à l’écriture et aux dialogues, et qu’en gros, "une seule" année a été dédiée au dessin.
Et finalement, pour quel résultat ? Un carton tout simplement ! Une BD hypnotisante, avec un scénario à deux histoires parallèles qui tient en haleine tout au long des 283 pages. Avec des personnages forts et une immersion de tous les instants. J'ai ressenti des mélanges de sensations entre Shangri-La et La Route. Valette énonce d'ailleurs plusieurs influences — littéraires, documentaires et aussi vidéoludiques, avec The Last of Us par exemple, pour la relation complexe entre père et fille.
Franchement, après avoir lu Jean Doux, je n'attendais pas Philippe Valette à cet endroit. Avec en plus des progrès dans la partie graphique et cette délicieuse ambiance SF, il nous embarque dans une épopée tragique à travers le temps et l’espace, empreinte de colonisation spatiale et de transhumanisme.
Alors, un sans-faute pour ce space opera made in Grenoble ? Quasi ! Un détail m'a interpellé.
Attention spoil : mais comment elle a fait, cette petite, pour survivre sur cette planète hostile, sans biberon, sans doudou et sans crème change ? L'histoire ne nous le dira pas ! Hmm même si en y repensant, ils avaient la patate d'embryons avec eux pour repeupler Geminae, donc ils avaient aussi sûrement pris de quoi s'occuper des babies. Bon soit 😁
Comme beaucoup d'auteurs et d’autrices, Valette s'était mis comme challenge de faire mieux que sa BD précédente. Et il a clairement réussi, mais pas parce que L’Héritage Fossile serait “meilleur” que Jean Doux. C’est autre chose. Ici, il a complètement changé sa façon de bosser : sa manière d’écrire, de structurer, même de dessiner. Il s’est réinventé pour sortir quelque chose de diamétralement différent, avec un niveau d’exigence plus élevé. Et rien que pour ça, c’est une vraie réussite. Alors courage à lui pour sa prochaine BD, en espérant que ça ne lui prenne pas cinq ans cette fois 😁
Note : la plupart des infos concernant l'auteur, son processus de création et ses influences sont à retrouver dans l'excellent podcast C'est plus que de la SF.