Un sentiment de culpabilité collective plane sur un village situé au bout du monde, suite à un évènement non anodin. Brodeck, chargé de rapports administratifs sur des sujets futiles, est pris à parti pour raconter une atrocité commise au sein du bar de la commune. En entrant dans le récit, on comprend que Brodeck est « revenu d’où on ne revient pas ». On navigue entre les étapes de son passé : le camp, la rencontre avec un étranger, l’enfance. Tout cela raconte la répétition des mécanismes inhumains qui ont poussé les habitants à commettre l’irréparable.
Ce qui me fascine le plus avec Manu Larcenet, c’est la façon qu’il a de « filmer » le silence. En entrant, ou en sortant de séquences verbeuses, il laisse les mots s’imprégner en nous en dessinant des scènes de chasse, de paysage, de visage, participant gracieusement à l’ambiance noire du livre, et surtout à permettre au lecteur de digérer chaque émotion ressentie minutieusement. Quelle classe de sa part de nous laisser reprendre notre souffle !!
C’est rempli de narration visuelle, chaque page mérite que l’on s’attarde dessus pour en capturer tous les détails, essentiels à la compréhension de l’intrigue.
Manu Larcenet > Dieu