La Cantine de minuit offre à chaque tome un panel d'histoires courtes qui ont une fin satisfaisante, mais pas toujours de la manière dont on le prévoyait. Il arrive, en effet, que ça finisse mal mais que le lecteur s'en satisfasse, parfois pour une raison carrément méta. Un exemple tout con, après deux histoires qui brillent par le miel qu'elles distillent, Yaro Abo décidé de conclure une troisième de manière déceptive, à charge du taulier de la Cantine de Minuit d'expliquer que dans la vie, tout ne finit pas toujours pour le mieux. Cela paraît bête mais cela accrédite le ton généralement positif et incite à croire que Yaro Abe, au-delà de pondre des scénarios qui retombent sur leurs pattes, est soucieux de la justesse.
En effet, on aurait tort de croire, en parlant de feel good, que ce récit est politiquement correct ou béni oui-oui. Les personnages ne sont pas dénués de tâches morales, qui pourraient autrement nourrir des polémiques, mais ici l'atmosphère bienveillante et un certain détachement calment le jeu. En tout état de cause, il s'agit de tolérer des défauts parmi d'autres, des défauts malgré tout très humains, avec tout ce qu'on peut mettre dans ce mot. D'épisode en épisode, chacun a son histoire et écoute sans donner de leçon. Le ton est mature.
L'intérêt pour les plats servis a décliné assez rapidement en ce qui me concerne, mais c'est un élément fan service judicieusement exploité, souvent en métaphore. Les plats ont une histoire, souvent personnelle, en lien avec un membre de la famille d'un client. Il sert aussi de liant entre les clients, comme un appel au vivre ensemble. Voilà le mot qui définit La Cantine de Minuit : fraternité !