Dans l’Ouest américain, Eureka est une des premières cités industrielles. Comme sur le Vieux Continent, les ouvriers très pauvres y travaillent dur pendant que les patrons s’enrichissent. Le terrible shérif Coleman, dit la main gauche du diable, règne sur cet enfer empuanti par les fumées des forges. Lorsque Esprit du Vent revient dans cette ville, ses souvenirs se réveillent…
Gianfranco Manfredi est un artiste italien prolifique qui a touché à beaucoup de modes d’expression. Il se tourne vers la bande dessinée dès les années 70, et plus spécialement vers le western avec Tex. À la fin des années 90, il revient avec Esprit du Vent. Pour les illustrations de cette nouvelle bande dessinée, il s'allie à Pasquale Frisenda, son cadet qui travaille sur Tex dans les années 90. Le dessinateur collaborera d’ailleurs pendant la majeure partie de la série.
Le western est un genre cher à nos voisins italiens qui l’ont immortalisé dans de nombreux films. Beaucoup de comics avaient déjà mis en scène force cowboys et Indiens tout au long du XXème siècle. Dès lors, pourquoi revenir à la fin des années 90 avec un genre archiusé ?
Parce qu’on a du talent. Gianfranco Manfredi, écrivain et scénariste, construit ce premier épisode comme une enquête qui dévoile petit à petit l’organisation sordide d’êtres sans scrupule. La cupidité est au cœur de cette bande dessinée, ainsi qu’un petit peu d’Histoire sur la communauté italienne dans le Grand Ouest, exploitée et victime de racisme. Le trait neutre de Pasquale Frisenda peut surprendre, surtout en noir et blanc. Mais sa ligne claire ainsi que sa grande maîtrise des contrastes donnent des images très faciles à lire, et l’on oublie rapidement l’absence de couleur. Par ailleurs, le talent de cet artiste se déchaîne dans son dessin réaliste avec pourtant des visages très typés.
Le scénario comporte toutefois quelques deus ex machina qui n’ont rien à envier aux westerns spaghettis, mais c’est justement le genre dont cette bande dessinée se réclame. Par ailleurs et conformément à ces films, le héros est une pure Mary Sue, grand, beau, fort, juste, bon, fin tireur, bon bagarreur, perspicace, et médium en prime. C’est excessif. Ce n’est pas bien grave, ce premier tome se pose dans la droite ligne des films avec Clint Eastwood, et ce superhéros colle parfaitement à l’ambiance. Mais attention, l’histoire est plus rude que celles portées à l’écran.
La main gauche du diable est un bon démarrage pour cette série, et je fais confiance à ses deux talentueux créateurs pour parvenir à nous tenir en haleine pendant de nombreux épisodes.