7
le 12 sept. 2026
SuivreSamsa familly
Premier manga de Toshifumi Sakurai, aka Bargain Sakuraichi, que je tiens entre les mains, La Métamorphose est une adaptation, disons, très libre, du roman de Kafka. Très libre, certes, mais aussi...
Premier manga de Toshifumi Sakurai, aka Bargain Sakuraichi, que je tiens entre les mains, La Métamorphose est une adaptation, disons, très libre, du roman de Kafka. Très libre, certes, mais aussi bien plus intelligente qu'il n'y paraît. Deux des pièges (parmi tant d'autres) auraient été de faire une adaptation très fidèle du bouquin, l'auteur concédant dans la postface que cela aurait donné une histoire “mortellement ennuyeuse”, ou de faire aller Gregor dans une direction diamétralement opposée à celle voulue par son auteur : autant créer une histoire originale dans ce cas.
Dans la lecture dont il est question ici, Sakurai a fait le choix d'adopter un nouveau point de vue. On y suit donc exclusivement le père, vieil homme libidineux considéré comme un incapable, un poids, par le reste de sa famille… tout du moins après que Gregor se soit transformé en cancrelat. Ce boulet de la famille, accusé de l'avoir endetté, puis d'avoir fait démissionner la première domestique (en tout cas, il n'est pas précisé d'à cause de quel monstre précisément elle s'en est allée), se verra dans l'obligation de retourner travailler… après avoir dû révéler aux autres membres de la famille qu'il cachait de l'argent quelque part… pour se payer “du bon temps avec des filles durant [s]es vieux jours” et pour “acheter des vêtements de luxe pour séduire Anna”.
Et c'est ici que l'adaptation de Sakuraichi prend sens, qu'elle se révèle plus intelligente qu'il y parait : en transformant celui qui pourvoyait aux besoins de sa famille en cancrelat, il révèle plus rapidement, et creuse plus profondément, le caractère de cette dernière, dans laquelle il n'y a aucun amour, où chaque membre est surveillé à l'aune de ce qu'il peut rapporter. Tout comme dans le roman, c'est indubitablement la famille qui se révèle monstrueuse, que ce soit par la transformation de leur corps ou de leur comportement. Une famille non pas fondée sur l'amour, mais sur la dépendance, sur la réification.
En d'autre terme : l'accent est mis sur la métamorphose de la famille, pas sur celle de Gregor, qui se révèle presque anecdotique. Il aurait très bien pu devenir dépendant, sans se métamorphoser (être dans le coma par exemple), que cela n'aurait pas changé grand-chose sur le comportement de cette dernière. Ironiquement, et c'est ce qui ressort quand on compare le manga au roman, c'est bel et bien Gregor qui se métamorphose le moins au cours du récit. Il est pour ainsi dire un personnage secondaire, voire tertiaire de son propre récit : ses apparitions restent rares, mais marquantes, ses dialogues (intérieurs) logiquement absents. En basculant l'expérience de l'être transformé en cancrelat, en une expérience sur ceux qui vivent avec ce même cancrelat, Gregor passe de sujet, celui qui regarde et peut encore réfléchir, l'exclut, à celui qu'on regarde, qu'on étudie, qu'on craint et exclut. La disparition de « l'humain Gregor » se fait donc en deux temps, celui-ci restant en partie humain jusqu'à ce que sa famille décide de ne plus le considérer comme tel définitivement, qu'il ne pourra plus jamais redevenir l'humain qu'il était autrefois.
Je ne suis pas un grand fan de l'esthétique manga, et ce n'est pas La Métamorphose de Bargain Sakuraichi qui me fera changer d'avis, mais j'observe néanmoins une volonté de produire quelque chose de « crade », dans le bon sens du terme je précise. Un peu comme on peut l'observer chez Robert Crumb (qui a lui aussi dessiné La Métamorphose de Kafka, tout est lié !) : une volonté de dessiner les corps et les visages sans chercher à les rendre beaux, propres ou même particulièrement cohérents avec une représentation « élégante » du réel. Le refus d'embellir ses personnages, créer quelque chose de répugnant chez eux, mais surtout un rapport pertinent en ce qui concerne leur rapport à la sexualité : grotesque, presque animal, les rendant tout autant comiques que dérangeantes.
Bref, je ne m'y attendais pas, mais j'ai ressenti un profond respect de l'œuvre de mon pragois préféré à travers ce manga malgré les nombreuses libertés prisent par son auteur. Toshifumi Sakurai est arrivé à écrire entre les lignes du roman tout en apportant sa patte, son humour grivois et ses personnages excessifs. Une bonne surprise.
Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Mon année deux-mille-vingt-six bédéphilix
Créée
le 12 sept. 2026
Critique lue 5 fois
7
le 12 sept. 2026
SuivrePremier manga de Toshifumi Sakurai, aka Bargain Sakuraichi, que je tiens entre les mains, La Métamorphose est une adaptation, disons, très libre, du roman de Kafka. Très libre, certes, mais aussi...
8
le 24 avr. 2020
SuivreLa métamorphose est à l'origine un excellent livre de Franz Kafka à l'influence considérable. Bargain Sakuraichi (également nommé Toshifumi Sakurai lorsqu'il signe certains titres moins sérieux) est...
5
le 1 mai 2023
SuivreLire des adaptations de la littérature classique en manga est toujours une curiosité, et je me souviens que c'est une version très très condensé d'A la Recherche du Temps perdu qui m'avait donné...
1
le 22 mai 2013
Suivrelivre qui serre a rien car je métrise déja bien la lange de moliaire, je le conseille néant moin a ceu qui on dé probléme pour ét crire.
2
le 22 mars 2020
SuivreCette critique porte sur les trois premières saisons et partiellement sur la quatrième (vu en avance très rapide et en moins d'une demi-heure). Je déteste cette série ! Mais à un point où je crois...
7
le 28 janv. 2014
SuivreClairement moins bon que Arkham Asylum, tu auras beau foutre un environnement ouvert dans ton jeu, si c'est pour se taper 25 mille allers-retours ça n'a strictement aucun intérêt. Pareil pour les...