Si je devenais associer un terme, un qualificatif, à la lecture de « La montagne », ce serait celui de « trouble ». Trouble lorsque, sur les tables d’une librairie où j’ai mes habitudes, j’aperçois l’aquarelle énigmatique et colorée qui orne la couverture de l’ouvrage. (Étrangement, alors que je prends toujours le temps, avant d’acheter une bédé, d’en lire quelques pages et de regarder les dessins, je n’en ai ici pas ressenti le besoin : l’objet m’appelle). Trouble, ensuite, à la lecture des premières pages, saisi que j’étais par la beauté des aquarelles et le contraste, troublant, lui aussi, mais sublime, entre la douceur des compositions et le style narratif simple, direct – qui ne s’embarrasse d’aucune fioriture stylistique et déroule le récit comme vient la pensé. Trouble, encore, face à la trame narrative, faite de bribes, d’instants, se succédant les uns aux autres, comme si l’auteur agissait en chiffonnier de ses souvenirs, les ramassant puis les assemblant jusqu’à en faire un patchwork, un décousu-recousu qui raconte une vie. Une vie troublée, elle aussi, par l’ennui d’une adolescence à la campagne et les façons de tuer le temps, qui malgré tout, passe ; par le « progrès » de l’agroindustrie qui dévore la terre, endette, tue ; par le dérèglement climatique, qui grille l’herbe et jaunit le paysage ; par la découverte, à l’écart des routes et des chemins, à l’abri des regards, de la sexualité homo ; par la 8.6, le joint et le LSD qui aident à s’évader ; par le départ de la mère, et, plus tard, par le décès du père. Trouble, enfin, par les échos qui en moi résonnent : ce sentiment de solitude de d’impuissance face au monde, ce besoin d’isolement et de fuite hors du monde. Au fond, la question que posent la plume et le pinceau de Valfret est celle de l’habiter. Comment habiter le trouble ? Si, à cela, je n’ai nulle réponse clair et définitive, une partie de la réponse se trouve, certainement, dans les liens, dans l’amour et l’amitié qui nous unissent aux autres et au monde.