Parmi les nombreux livres sortis ces dernières années autour des technologies numériques émergentes, « Technologies radicales » de Adam Greenfield est, sans nul doute, celui qui a le plus apporté à mon appréhension du problème technologique. D’abord, parce qu’il ne se limite pas à l’étude d’une technologie particulière. Qu’il s’agisse des smartphones ou des objets connectés, des imprimantes 3D ou des cryptomonnaies, le l’apprentissage automatique ou de l’intelligence artificielle, toutes sont soumises à un examen minutieux, à chaque fois suivant la même méthode. D’où viennent ces technologies ? Par qui ont-elles été développées, et avec quelles intentions politiques ? Par quels discours sont-elles promues ? Comment fonctionnent-elles ? Quelles sont leurs conséquences réelles, sur le travail, sur l’économie, sur le rapport aux autres et au monde ? Comment s’agencent-elles ensemble actuellement, et comment pourraient-elles le faire, à l’avenir, selon les choix politiques que nous ferons, en tant que société ? Adam Greenfield, s’il nous met en garde contre le battage médiatique et des fausses promesses qui entourent ces technologies, nous invite surtout à nous faire technologues radicaux, c’est à dire à considérer les technologies au prisme de leurs conséquences réelles. Les technologies, en effet, ne sont pas neutres. Leur fonctionnement embarque une politique et, en tant qu’elles agissent dans le monde réel, elles se coulent dans les structures actuelles de domination et d’exploitation avec pour effet de les renforcer. Cette grille de lecture conséquentialiste fournit, me semble-t-il, une clef intéressante pour la construction d’une technocritique matérialiste qui verrait les technologies émergentes et leur interconnexion comme les infrastructures numériques des politiques réactionnaires.