La musique de Marie est une œuvre que l’on peut saisir par plusieurs angles. C’est sans doute ce qui rend sa lecture si singulière, outre le fait que mes (faux ?) souvenirs de l’édition précédente avaient implanté en moi l’idée d’une île avec un phare que je n’ai pas retrouvée ici.
On peut d’abord aborder la Musique de Marie, dans le fil de son prologue, comme un conte qui, à l’instar des autres contes, nous narre une histoire innocente à première vue, presque naïve (une romance entre une jeune fille et un jeune garçon), dans un paradis terrestre mais qui se révèle peu à peu beaucoup moins innocent qu’on pouvait le penser. Le sous-texte devient soudain plus explicite et si ce n’est pas un conte sanglant pour adultes, il n’est pas le récit gnangnan à lire aux enfants pour les bercer le soir.
On peut ensuite envisager la Musique de Marie comme une méditation sur le monde qui nous entoure. Méditation qui infuse peu à peu en nous et charrie de multiples thèmes : la religion (Marie est une divinité dont la musique apaise les cœurs), la technologie (les personnages évoluent dans un monde très utopie du XIXe siècle mais avec une frontière technologique à ne pas dépasser), l’amour (comment déclarer sa flamme, gérer une déception amoureuse…), la division du travail, le prix de la paix perpétuelle (coucou Kant)…
Enfin, le dernier angle est résolument corrosif. La musique de Marie n’est bonne qu’à embrigader les masses. Marie est Big Sister. Le paradis terrestre est finalement rempli d’épines, avec des accents proches du René Barjavel de Ravage. Phiphy est une jeune fille gentille mais plus instable qu’il n’y paraît. Kaï est un fanatique religieux… Ici, on passe les personnages à la moulinette et ils finissent éparpiller par petits bouts façon puzzle. D’eux il ne reste que des cendres. La Musique de Marie c’est le film d’animation de Noël qui part en live et invite à relire le début pour se convaincre qu’on n’a pas mal lu…
La note : « Oh Marie je t’en prie fais-moi un signe »/20