Pourtant très sensible à ce que La Page blanche voulait dire, je regretterai qu'elle ne sache pas me hanter, que cette histoire soit en fait si aisément oubliable. Ce n'est pas à proprement parler un mauvais livre, ou plutôt, ce n'est pas à proprement parler un mauvais concept que celui qui sous-tend les pages de cet album, mais le traitement est tel qu'il devient au final tout ce qu'il aurait voulu dénoncer.

Eloïse ne connait son nom que pour avoir retrouvé ses papiers au fond de son sac. Pour le reste, elle n'a plus aucun souvenir se rapportant à son identité, ignore qui elle est, et entreprend donc de retrouver sa mémoire, de se retrouver, son enquête lui faisant peu à peu réaliser qu'elle n'était surtout personne.

Ne pas réellement connaître ou éprouver d'empathie pour l'Eloïse pré-amnésie n'est pas un souci en soi, et soutient à vrai dire l'idée directrice de l'album. Le vrai problème tient à ce que l'Eloïse du présent ne soit pas plus attachante, ou même plus intéressante.

On comprend que l'absence de souvenirs la prive de facto d'une personnalité solide, qu'elle se cherche, mais devait-elle aussi être privée de cerveau ? Il lui faut plus d'un tiers de l'album pour se décider à faire ce qui aurait dû relever du réflexe (aller voir un médecin) et les quelques "mystères" émaillant son investigation sont résolus dix pages plus tôt qu'elle par son lecteur. Son travail d'enquête est donc fort peu intéressant, on s'amuse beaucoup plus des petits défis du quotidien (l'amnésie et le fait de vouloir la taire rendant la moindre tache très compliquée). Si les quelques envolées de l''imagination d'Eloïse permettent quelques belles planches, reste que lorsqu'au sein d'un récit dramatique, les seules scènes chatouillant le cerveau sont les passages oniriques, on perd en force narrative, et en affection pour le personnage (seul celui de Sonia m'ayant au final touchée). Au lieu d'être un personnage universalisable, Eloïse n'est réellement personne, constituant plus une agrégation de paramètres qu'un être même fictif pour lequel ressentir quoi que ce soit.

(...)
Julie_D
5
Écrit par

Créée

le 6 mars 2014

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