Adaptée du roman de Martin Winckler publié en 2009, cette BD retrace le stage de Jean Atwood, interne en gynécologie en fin de cursus et intimement passionnée par la chirurgie reconstructrice des organes sexuels dans le service de "médecine des femmes" du Dr Franz Karma.
C'est un récit pour le moins inspirant qui invite à écouter et tenter d'"entendre" les patient(e)s, à replacer leurs symptômes au centre de leur vie. C'est une histoire qui donne envie de pratiquer la médecine que le Dr Karma nous donne à observer. C'est aussi malheureusement une sorte de bulle à l'écart du monde ce petit service, avec un temps dédié à chaque patiente qui semble presque infinie. Cela semble impraticable actuellement dans la plupart des services hospitaliers du fait du manque de personnel et donc de temps qui le facteur limitant le plus important pour permettre une pratique de la médecine acceptable, plus encore que le manque de moyens financiers. C'est quasiment un rêve ce qui est décrit dans cette histoire, pour autant ça donne envie de se battre pour changer les choses et l'atteindre.
Pour la jeune Atwood, cette sensation de s'accepter enfin pleinement et de trouver la place qui lui était destinée à la fin de l'histoire m'a particulièrement émue. C'est en prenant le temps d'écouter les autres qu'elle arrive à s'écouter elle-même. En se battant pour les autres, elle s'autorise le droit de se défendre. C'est un cercle vertueux puisqu'une fois cela acquis, elle choisira de rester pour en aider d'autres encore.
"La médecine française est, purement et simplement, une médecine de classe. Un trop grand nombre de "professionnels" méprisent souverainement tous les patients et les traitent comme des enfants - et plus encore les femmes, parce que ce sont des femmes." On a trop vite fait de glisser d'un pas dans ce paternalisme méprisant dont on nous a pourtant prévenu de la violence sur les bancs de la faculté. Car on nous a investi d'une mission, celle de guérir ou au moins de soigner. Nous devenons dangereux quand, convaincus que rien ne doit entraver notre croisade, nous piétinons par nos paroles ou nos gestes ce qui fait obstacle à notre "raison", même quand il s'agit de l'âme fragile pour laquelle nous la menons. "Je vous parle de la morgue. De la vanité qu'on vous a inculquée après vous avoir soigneusement humiliée."