Nivek, 12 ans travaille dans une mine en République Démocratique du Congo. Tombé dans un trou, c’est un autre gamin, Joseph qui l’en sort alors que les gardiens veulent les tuer tous les deux. Devenu enfant-soldat, Nivek s’enfuit, veut rejoindre l’Europe, accompagné de Joseph vers un périple dangereux.
Cette bande dessinée est une réussite exemplaire. En tous points. Les dessins de Sergio García Sánchez et les couleurs de Lola Moral sont somptueux : les décors, la nature qui parfois parvient à prendre le dessus, notamment lorsque les deux enfants sont dans la jungle, le désert, la savane, tout est magnifique d’une beauté à couper le souffle. Les corps ensuite, longilignes, parfois immenses qui prennent toute la page, d’autres fois dans de toutes petites cases, très marqués par le labeur, la faim, la peur, la haine…
Et quel scénario d’Antonio Altarriba ! Nivek part pour quitter la violence, la guerre, la mort quasi assurée. Il traverse des pays, des régions, des mers, rencontre des gens qui l’aident et d’autres qui l’exploitent, l’esclavagisent. Ce n’est pas un voyage, c’est une succession d’épreuves toutes plus horribles les unes que les autres. Qui peut encore penser que les hommes et les femmes qui débarquent en Europe viennent pour l’agrément, pour se faire soigner gratis lorsqu’ils risquent la mort chaque jour, chaque heure ? Un centième de ce qu’ils vivent nous ne le vivrons pas dans toute une vie, et nos dirigeants encore moins, bien calfeutrés dans leurs ministères ou bureaux. Le discours et les actes de ceux qui ne veulent pas les accueillir, les aider est monstrueux et pour tout dire franchement dégueulasse. Et pourtant, il va, se durcissant de jour en jour pour flatter les plus bas instincts des électeurs. Et la mort récente d’une des leurs chefs n’a pas altéré leurs pensées, leurs doctrines. Loin s’enfaut, elles sont toujours là, tapies.