Le Ciel dans la Tête n’est pas une bande dessinée que l’on « lit ». C’est une expérience que l’on traverse. Douloureusement, en apnée. Le récit suit Nivek, un enfant plongé dans la violence la plus brutale, celle de la guerre, de l’exploitation, de la fuite. Mais loin de tout misérabilisme, Antonio Altarriba et Sergio Garcia Sánchez choisissent une narration frontale, sans ellipse, qui heurte autant qu’elle éclaire.
Le contraste entre le dessin coloré, arrondi, digne d'un beau livre pour enfants, et l’horreur décrite donne au livre une puissance glaçante. Pas de refuge visuel : on est contraint de regarder. Et parfois, on referme le livre. Puis on y revient. Parce qu’on ne peut pas détourner les yeux, on ne doit pas.
La première moitié est d’une intensité rare : la guerre, la survie, l’amitié indéfectible avec Joseph. Une humanité surgit malgré tout. Puis, à mesure que le parcours de Nivek s’élargit (sorcellerie, esclavage, désert, prison, migration...), le récit devient plus symbolique, plus universel… et un peu moins incarné. L’émotion directe laisse place à la prise de conscience. Ce n’est pas un défaut, mais un virage narratif fort, qui pourra laisser certains lecteurs à distance.
Malgré cette densité presque excessive, Le Ciel dans la Tête reste une œuvre nécessaire. Dérangeante, bouleversante, politiquement engagée, elle nous oblige à regarder ce que l’on préfère oublier. Une BD qui ne cherche pas à plaire, mais à réveiller. Et elle y parvient puissamment.