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Adaptation d'un roman de Sonallah Ibrahim. Allégorie sur le pouvoir face aux révolutions arabes, mais sans contexte très précis.
La première partie fait des sauts dans le temps et reprend toujours le même schéma : un personnage appelé Saïd demande à rencontrer le comité, un organe mystérieux qui semble détenir le pouvoir en Egypte. A chaque fois, les gens en face le prennent pour un fou présomptueux. En 1981, c'est un pâtissier talentueux sollicité par le pouvoir pour fournir une réception importante. En 1988, un tailleur qui fournit l'opéra du Caire et se fait aguicher par une call-girl envoyée par le pouvoir. En 1991, c'est un fonctionnaire intègre qui se voit imposer une promotion qui va l'exposer médiatiquement. En 2002, c'est un raté surpris à se masturber dans un restaurant, qui propose d'avouer ses crimes à un commissaire. En 2009, c'est un cadre de la téléphonie égyptienne, dans un marché en pleine transformation. En 2010, c'est un ingénieur qui fait grève avec des femmes qui réclament la fin du plafond de verre pour leur sexe, mais qui se révèle opportuniste.
Il est emmené devant le comité et retire son masque.
Le comité est composé de différents personnages : un grand aux lunettes noires (les services secrets ?), une femme froide, un petit général à grosse moustache, un vieil érudit à lunettes, un Américain très branché politique, une femme voilée. Mais aucun de ces personnages ne détient le pouvoir. Le pouvoir semble détenu par le Docteur, un ancien révolutionnaire qui s'est converti au libéralisme. Saïd essaie de l'approcher lors d'une réception entre heureux du monde, au sommet d'une tour de télécom'. Saïd le tue, prend son apparence. Alors que la révolution éclate dans les rues, il descend dans la foule, étonnée de voir ce symbole du pouvoir se mêler à lui, et commence à se manger lui-même.
C'est une allégorie politique étrange, chaque personnage étant à la fois individualisé et représentant clairement un aspect d'une société égyptienne par certains aspects verrouillée et par d'autres en pleine transformation. C'est volontairement assez cryptique, sibyllin, mais derrière on trouve l'idée que dans nos Etats modernes, le pouvoir ne se trouve nulle part ailleurs que dans les esprits. Pour autant, les luttes collectives ne sont montrées que de manière très allusive : c'est un livre qui dénonce et tire dans de nombreuses directions (les privatisations favorisant les intérêts privés, le népotisme, la condition féminine...) sans proposer grand chose.
Le livre est en nuance de gris, un peu comme des aquarelles. Le style graphique est assez hétérogène, oscillant entre relatif réalisme et caricature grotesque, entre trait net et planches plus libres. C'est bien fait mais ça n'a pas fait se décrocher ma mâchoire.
Créée
le 2 déc. 2017
Critique lue 36 fois
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