La Commune est un évènement avec une portée culturelle et historique sans précédent et est sans doute un de mes passage préféré de l'histoire de France.
Je pensais donc que cette œuvre raisonnerait facilement avec mes sensibilités. Que nenni !
Après avoir lu les 4 albums de cette série, une seule question me taraudait l'esprit: Alors comment peut-on autant gâcher le sujet avec une mise en page aussi inégale ?
On a l'impression que Tardi essaie de présenter les personnages de l’œuvre comme des non-protagonistes (ils ne seraient pas au dessus du reste des fédérés). La démarche est intéressante mais elle entre en contradiction avec un scénario qui lui se focalise totalement sur des protagonistes bien identifiés.
Grondin en est la personnification. Le personnage a des motivations totalement déconnectées des évènements (il veut se venger de Tarpagnan). Dés lors, dés qu'on le suit, adieu la Commune, bienvenu la découpe en large en long et en travers de ses errements, motivations et regrets. Cela le place donc comme personnage central du récit... tellement central que Tardi le fait mourir dans le coin d'une page en deux cases. Juste âpres avoir focalisé la tension sur le duel Tarpagnan-Grondin.
Pourquoi? Grondin ne serait au final qu'un mort parmi d'autre ? Pourquoi alors focaliser la tension auparavant? Pourquoi ne pas, au cours du duel, montrer que ce qui pour les personnages est un moment décisif dans leur relation, n'est en réalité qu'un énième affrontement dans un tonner de coups de feux et tirs d'artillerie? Les deux démarches ne vont pas ensembles et si elles sont conciliables, il faut de l'habilité pour cela. Manifestement Tardi ne l'a pas.
C'est dommage car Tardi nous livre tout de même de belles planches et une mise en page impactante lors de quelques passages. De souvenir je pourrais citer la double page sur les incendies durant la semaine sanglante, rendue encore plus percutante grâce au format italien de la BD. Je pense également aux scènes de batailles ou Tardi retranscrit très bien le chaos et l'horreur, ou quand Grondin passe dans les rues et voit les ravages de la répression versaillaise.
Ces fulgurances rattrapent les erreurs de Tardi, mais ne permettent pas au Cri du peuple de se démarquer et d'offrir une réelle proposition.