Certains films sont tellement nuls qu'ils en sont devenus cultes. On pense à ceux d'Ed Wood notamment, auxquels Tim Burton a rendu un hommage magnifique. Mais il y a aussi le bizarre The Room de Tommy Wiseau, sorti il y a une vingtaine d'années. Étant moins spécialiste de la BD, je ne sais pas s'il existe vraiment un monument équivalent pour le 9e art, mais je crois tenir ici un challenger sérieux.
Je vais pas vous résumer l'intrigue du Diable au Cou, vous lirez le petit synopsis. On peut à la rigueur accepter son scénario à dormir debout, ou il est question de malédiction et de cordes étrangleuses, en se disant ( à tort, mais on verra plus loin) qu'une explication nous en sera donnée à la fin. Les dialogues sont plats et vraiment mauvais, c'est du genre " Tu n'as pas d'alibi", puis "Mais que insinues tu par là ?" Ou encore "Tout le monde sais que tu détestais la victime" suivi de "Quoi oses me répéter ça en face". En plus ils ne correspondent pas toujours à l'expression des personnages tels qu'ils sont dessinés. Le héros lui est particulièrement agaçant à force d'être lisse, parfait et d'avoir toujours raison sur tout du haut de ses 15 ou 16 ans. Les personnages féminins n'ont pas le beau rôle, c'est le moins que l'on puisse dire et manquent en plus totalement d'épaisseur. Et puis, alors qu'il est question de morts violents (dont un juge, un pasteur, enfin pas n'importe qui), pas l'ombre d’enquêteurs "officiels" à l'horizon. On a l'impression que tout celà se déroule en huis clos, comme une sorte d'affaire privée, avant d'être servie sur un plateau au jeune héros qui passait là par hasard (ah non pardon c'est un copain du fils de tel type de l'histoire). Tout çela est complètement fou, surréaliste, même pour une fiction.
Mais le plus incroyable, je crois, reste le dénouement. Dans n'importe quelle enquête policière digne de ce nom (en tout cas, tous ceux sans exception que j'ai pu lire) où il est question de surnaturel le héros/détective nous en livre une explication rationnelle à la fin. Plus ou moins convaincante certes mais une explication. C'est un peu le principe du genre.
Ici, tenez vous bien, le surnaturel était bien du surnaturel ( ou de la "magie noire", mais bon c'est pareil), ce qui est commode pour résoudre son enquête sans s'embêter avec trop d'explications.
Et puis rien n'est le moins du monde "résolu" en réalité, par le héros qui assène à tout le monde des grandes vérités qu'il a obtenu on ne sait trop comment. De plus, étant donné le nombre relativement réduit de personnages il est quand-même assez facile de deviner le "méchant" par défaut, d'autant plus qu'il ne joue aucun autre rôle particulier dans l'histoire à part s'avérer être le méchant à la fin. Et la façon dont il se trahit est complètement ridicule. Bon on va s'arrêter là je crois.
Le pire c'est que tout celà n'est pas le moins du monde kitch ou drôle. La BD se veut trés sérieuse et s'avère même assez grandiloquente (si, si) par moments. Je ne vais pas plus loin, il faut quand-même le lire pour le croire..