Un concept original avec une mise en place faible, le Gourmet solitaire n'en reste pas moins une lecture plutôt agréable, feel good. C'est un commercial quarantenaire et célibataire, sans enfant. On apprend quasiment rien de sa vie. Rien n'est dit ou presque sur les raisons de sa situation, à part peut-être des occasions ratées et d'autres qui ne se sont pas présentées. Lui s'en fout un peu, c'est un pépère tranquille, dont les exigences de la société lui passent très loin au-dessus. C’est un gastronome, mais il apprécie par-dessus tout la cuisine simple des quartiers populaires. Autant dire que la préface qui incite à lire ce manga comme on déguste un grand Bourgogne, c'est du baratin qui ne manque pas de culot. Chaque histoire l’amène ainsi à goûter un plat typiquement japonais, faisant renaître en lui des souvenirs. Ainsi la visite d’un sushi-bar au milieu de l’après-midi lui fait-il voir d’un autre œil les innocentes ménagères qui fréquentent le lieu. Concrètement, elles gueulent leur commande alors que lui n'arrive pas à se faire entendre dans le brouhaha. C'est amusant, certains diront que le message est subtil, moi ça me semblait d'une platitude, je n'avais même pas songé à ce qu'on puisse tirer une généralité de cette broutille. Dans les points négatifs, on peut reprocher que les plats manquent souvent d'intérêt. Regarder un mec manger des trucs souvent pas plus exotique que les chinoiseries vendues au coin de la rue n'est pas super intéressant, surtout avec un niveau de jubilation proche de celui du bigorneau. Ses pensées et ses souvenirs distillent une douce émotion, mais dont il ne ressort pas grand chose de concret. C'est le genre de livre qui ne marche que par son concept, celui de retenir par la curiosité culinaire, et par une espèce de tranquillité et une nostalgie mystérieuse. Ça se lit très bien, on ne sait pas trop comment. On se laisse bercer. C'est peut-être ça le miracle Taniguchi. Être intéressant en parlant de rien.