Ailina est une fée, et elle aime tellement butiner les lutins qu’elle préfère se passer de ses ailes pour pouvoir continuer. Se faisant, elle refuse d’aller polliniser les fleurs, tâche moins orgastique, mais vitale. En se soustrayant à l’ordre naturel, Ailina ne réalise pas que non seulement elle se damne, mais elle met en danger l’équilibre même de la forêt. Au travers d’un voyage initiatique, elle découvrira les origines de sa nature.
Cette critique couvre les 3 tomes de la série.
Katia Even scénarise principalement des bandes dessinées érotiques. Pour Le peuple des brumes, elle fait appel au trait rond et naïf de Styloïde, lui aussi spécialisé dans ce genre.
Tout d’abord, il convient de préciser que Le peuple des brumes n’est pas une BD pornographique, mais bien érotique. Il n’y a pas de zooms plongeants ni de plans anatomiques dignes d’un manuel médical, les détails restent discrets. Par ailleurs, l’histoire comporte un véritable scénario qui ne sert pas de prétexte à une suite de scènes de charme.
L’histoire peut sembler naïve aux premiers abords. Le coup de la rebelle qui remonte aux fondements de sa société pour en comprendre toute la profondeur, c’est connu. Il faut chercher les explications dans la psychologie pour saisir la véritable teneur de cette aventure. Ami lecteur, la suite comporte des spoilers sur le scénario ; je t’invite à lire les bandes dessinées avant de poursuivre.
Ailina est une enfant qui refuse la modération (butiner des fleurs au lieu de donner libre cours à son désir) et donc d’entrer dans l’âge adulte. L’auteur explore le désir féminin et chaque tome représente un fantasme. Dans la première BD, Ailina teste l’homosexualité avec la sorcière. Dans la deuxième, les anus apparaissent entre les fesses (alors que ce n’était pas le cas dans le premier volume) et sont utilisés dès les premières pages. Dans le troisième, l’héroïne découvre le plaisir du triolisme dans de joyeux sandwichs.
Cette progression décrit par ailleurs le désir caché de cette recherche sensuelle. Le grand et terrifiant méchant est le père Nature (le père) contre lequel la reine des fées (la mère) met en garde. Évidemment, la fille incestueuse va passer outre cet interdit œdipien et rejoindre le père qui meurt pour renaître sous la forme de son petit-ami. Symboliquement, le père cesse d’être un parent pour devenir un amant. Amandil, le compagnon initial d’Ailina, participe à ces ébats pour montrer que l’héroïne projette également son père incestueux sur son petit-ami. À la fin, ayant consommé l’interdit, elle ne peut plus avoir d’enfant et est maudite, car ses amours sont définitivement pervertis par cette relation contre-nature. Dès lors, ses tentatives de couple seront vouées à l’échec et détruiront son compagnon. Quant à la procréation, un gosse élevé par une telle mère encourt de sérieux risques psychologiques.
Le peuple des brumes est l’exploration du désir féminin ainsi que de ses fantasmes. C’est pertinent, car écrit par une femme et joliment illustré. Par ailleurs, c’est le meilleur moyen d’utiliser un fantasme : en faire une œuvre d’art. Quand elle est aussi plaisante, c’est un régal. Sachons l’apprécier pour ce qu’elle est, une jolie histoire.