Une série entre les bonnes mains de Wilfrid Lupano et de son humour plein d’esprit (Les Vieux Fourneaux, La Bibliomule de Cordoux, et tant d’autres) et celui plus aiguisé et cynique de Relom (Andy et Gina) ne pouvait qu’augurer d’un bon frometon, et c’est bien ce qui arrive dans ces trois tomes publiés entre 2015 et 2019.
Avec Traquemage, Lupano et Relom mettent en boîte certains codes de la fantasy sans pour autant ne verser que dans une parodie qui aurait oublié d’exister pour elle même. Elle offre un angle intéressant, avec Pistolin, éleveur de cornebiques, une race de chèvres, dont le lait lui permet de faire du pécadou, petit fromage qui en fait sa fierté. Un personnage qui n’aurait pu être que secondaire, qu’un figurant, un élément du décor, dans bien d’autres sagas mais qui va se retrouver héros d’une aventure qui le dépasse quand son troupeau est décimé par une énième confrontation de mages et de leurs armées et qui ne respectent jamais le petit personnel ou le paysan du coin. De ces victimes collatérales seule ne subsiste que Myrtille, qui va devenir la compagnon d’infortune de Pistolin, tandis qu’une fée alcoolique et bien en chairs, plus habituée des piliers de bars que des châteaux Disney va accompagner ce drôle d’équipage.
Si Lupano et Relom respectent quelques idées attendues de leur monde de fantasy, il faut reconnaître que l’ensemble ne manque pas de chien ni de quelques idées saugrenues qui se découvrent au fil des pages. Toutes proportions gardées, c’est comme si Le Seigneur des Anneaux rencontrait l’esprit Groland, avec son mauvais esprit et son terroir, que la quatrième de couverture présente comme de la « fantasy rurale fromagère ». Personne n’est vraiment à son avantage, tout le monde est un peu idiot et si Pistolin se décide d’aller à l’aventure, sa détermination ne suffit pas à atténuer son manque de préparation ni le fait qu’il n’est qu’un petit couteau, pas bien affûté, face à des menaces bien plus fortes que lui. Il ne manque d’ailleurs pas d’un certain mauvais caractère, mais qui s’accommode bien de celui placide de Myrtille ou de la fée. Le troisième tome offre la conclusion de leur quête, mais avec une légère précipitation un peu regrettable, on aurait apprécié un peu plus de tomes à s’égarer dans l’univers de Lupano et Relom.
Traquemage offre ainsi un autre angle de la fantasy, où l’épique attendu patauge dans le bourbier et l’alcool. Fidèle à ses habitudes, Lupano ne peut s’empêcher d’un certain angle aussi critique sur notre monde contemporain, avec ce pauvre éleveur de cornebiques qui sera ainsi confronté à la découverte de toute l’économie qui suit sa production de pécadous, dont les vilains intermédiaires. La satire s’intègre en tout cas parfaitement à ce road movie burlesque.
Si Relom propose ici un trait un peu plus réaliste par rapport à ses séries pour Fluide Glacial ou Psykopat, il garde son sens du grotesque, dont les expressions exagérées sont un régal. Il y a une certaine accentuation des émotions humaines qui va de pair avec un univers à la fantaisie exagérée. Il signe ainsi sa première série longue dans un tel univers, qu’il tient de sa plume moqueuse d’un bout à l’autre, et dont il ne faut pas manquer certains détails dans les planches.