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SuivreSecond de cordée
Le sommet des dieux, plus qu'une ode à la compétition ou à la liberté, est avant tout une œuvre sur l'orgueil. Centré sur le personnage de Hoba Joji, véritable légende du piolet et ouvreur de voies...
Œuvre de légende de Taniguchi, adaptée du roman de Yumemakura, j'ai découvert "Le Sommet des dieux" au retour d'un voyage dans les Dolomites et d'une visite du musée que Reinhold Messner, l'immense alpiniste sud-tyrolien, a consacré à la montagne dans l'ancien château Sigmundskron de Bolzano.
Je retrouve dans cette très belle épopée sur l'alpinisme la patte du mangaka japonais, faite d'un dessin scolaire mais exigeant et d'une patience absolue dans la mise en place de son intrigue et sa résolution. Aventure d'un photographe de montagne parti à la quête d'un alpiniste oublié, le récit emprunte d'abord la voie du souvenir pour brosser un portrait de l'alpinisme nippon ancré dans l'histoire de la discipline et particulièrement référencé.
Le rythme de ce roman graphique en cinq tomes s'élève progressivement, passant du ronronnement des flashbacks du début à l'excitation haletante d'une ascension historique en toute fin, en passant par un forme de répétitivité au demeurant parfaitement diégétique dans la reconstitution du passé de Habu Jojî. L'ensemble demeure de haute tenue et la patience prise dans le récit, à laquelle fait magnifiquement écho l'immuable splendeur des sommets enneigés rendue sur le papier avec la dernière attention, sert finalement une histoire de la discipline, faite d'humilité, de patience, d'une dose de témérité et de contemplation.
En fin de lecture, on ne peut qu'admirer l'équilibre de l’œuvre entre reconstitution et action, entre contexte historique et fiction autonome, entre enquête, romance et aventure. Le travail sur les deux personnages principaux est exemplaire de minutie, avec cette retenue propre à l'esprit nippon, et offre un regard intime sur l'admiration que provoque certains êtres sur leurs semblables. J'ai été également bluffé par l’invraisemblable précision géographique des acensions, on se croirait transporté comme rarement dans les après-skis des personnages.
En définitive, Jiro Taniguchi offre avec cette œuvre un condensé de son art qui plaira aux épris de montagne et d'histoire, traversés comme lui et comme Reinhold Messner, plusieurs fois cité ici, par l'élévation spirituelle que provoque ces plis telluriens sur l'esprit des petits homo-sapiens.
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Créée
le 18 janv. 2022
Critique lue 85 fois
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