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hier
SuivreNeyef envoie ! Encore une fois
Quelle rentrée 2026 n’empêche ! Nouveau Larcenet, nouveau P.H. Gomont, un Dead Train sorti de nulle part… Mais perso, ce que j’attendais le plus, et même si j’adore ce qui précède, c’était bien sûr...
Autant être honnête. Neyef, c’est un vilain. Un vrai. Il me fout des soufflets avec ses dessins, puis me laisse là, un peu penaud, à regarder le plafond en me demandant ce qui vient de me tomber sur la gueule. Un goût de précipice.
Hokay Hey! m’avait déjà mis une bonne mandale. Pour son talent, d’abord. Pour cette manière qu’il a de rentrer dans un genre, de piquer dans ses tropes avant de repartir avec quelque chose qui n’appartient qu’à lui. Quelque chose de poignant, de foutrement personnel. Neyef apprécie les histoires qui prennent leur temps. Les histoires qui flottent. La chronique, l’ambiance, le petit morceau de vie arraché au bord du monde.
200 pages pour comprimer un bout d’infini.
Une fin d’époque.
Rideau. Les larmes embuent le générique.
Les Enfants perdus remet le couvercle. Un monde qui est parti en sucette, doucement, tranquillement. Un bout de temps volé avant le déluge. Des gosses sans parents, abandonnés à eux-mêmes, qui se fabriquent leur propre famille au milieu de Limbo, cet espèce d’ailleurs où les arbres poussent comme dans un rêve de Miyazaki sponsorisé par Nike.
C’est méchamment beau.
Aussi beau que la couleur d’un hématome.
Plus d’une fois, j’ai eu les foies. Vous savez, ces p'tits frissons qui remontent l’échine quand quelque chose est tellement gracieux que ça vous fait frétiller le ventre. Quelque chose prend vie. Quelque chose vous happe. La nature, déjà, j’aime bien. Mais alors la nature avec des gamins livrés à eux-mêmes… là, forcément, je fonds. On dirait un film de Sofia Coppola : éthéré, cotonneux, hypnotique. Un rêve d’adolescence qui aurait oublié de se réveiller. Ecouter la BO de Virgin Suicides durant la lecture. C’était fait pour.
Seulement, sous les grands espaces, sous les couleurs, sous le calme, les nuits phosphorescentes et les arbres où l’on voudrait passer sa vie, ça empeste. Ça suinte même. La misère, la violence, la déchéance. Tout ce qu’on planque sous le tapis quand on veut encore croire au paradis.
Neyef reprend le mythe de Peter Pan et lui arrache gentiment les ailes. Parce qu’un gamin, ça souffre. Et que ça fait pas toujours de jolies choses quand ça souffre. Faut pas se raconter d’histoires : quand on découvre Wendy couverte du sang du pion de l’orphelinat qu’elle a sans doute tailladé pour éviter une agression, on sait déjà qu’on n’est pas chez Mickey.
De la mauvaise graine qui pousse dans la rouille.
Une lumière qui coule dans les vitraux brisés.
Et pourtant, l’amitié gagne. Toujours un peu. Pas complètement, mais suffisamment pour qu’on puisse respirer. Un coup de chevrotine dans les nuages pour trouer le ciel, une bouffée d’air chapardé aux anges.
Neyef, au fond, c’est un grand cœur un peu désabusé. Un poète du crayon qui regarde la crasse sans détourner les yeux. Un tendre qui sait très bien que le monde est moche et qui, malgré tout, continue de chercher les endroits où il reste quelque chose de merveilleux. Il cherche pas vraiment à quitter son chagrin. Il nous y traîne, histoire de nous montrer qu’au fond du puit, parfois, il y a encore une lumière qui passe. Le reflet des étoiles qui brillent dans l’eau, peut-être.
Une enfance aussi croutée qu'un genou de skater.
Un futur aussi prévisible qu'un premier ollie.
Pour ma part, j'en veux plein ma chambre, des posters de cette BD. À m’en repeindre les murs. À dormir dedans. On pourrait laisser les planches tourner pendant des heures sur sa télé sans s’en lasser, juste pour regarder les gosses vivre, courir, apprendre, s’aimer un peu. Ma parole, je sais plus quoi dire devant autant d'enchantement.
J’aurais sûrement deux ou trois trucs à reprocher au scénario. Bien sûr. On peut toujours chipoter. Mais là, j’en ai pas envie. Tout ce que je veux, c'est de me souvenir de Rufus chevauchant Satan, de Dany embrassant son indienne sous un arbre, de Casper se rappelant sa mère dans les bras d’une fille, de Milo apprenant le piano, et surtout de Wendy promettant à sa mère qu’elle a enfin trouvé un endroit où des gens prennent soin d’elle.
Sous les ongles, la crasse.
Sous l'écorce, la sève.
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Créée
le 28 sept. 2026
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