Rimbaud et Verlaine. Et un petit Nouveau

Paris, 1872. Rimbaud et Verlaine s’enfuient, direction Londres, loin d’une vie ne leur laissant pas toute la liberté qu'ils recherchent. Entre beuveries, éclats de génie et tensions destructrices, ils s’aiment, se déchirent et s’éloignent. Et au milieu de ce chaos, Germain Nouveau, poète fasciné par le talent de Rimbaud, devient le témoin et l'acteur d’une fresque s'étirant sur plus de 15 ans.


Mais Les Illuminés, ce n’est pas juste le récit de ces relations entre trois poètes. Bollée et Dytar signent une BD de haut niveau, portée par une narration que j'ai trouvée assez incroyable. La mise en page joue sur des strips parallèles : le haut et le bas des pages racontent des événements simultanés dans des lieux différents. Le tout fonctionne avec un code couleur qui guide le lecteur sans jamais être lourd. Et c’est là que j'ai une nouvelle fois réalisé à quel point la BD pouvait être polymorphe, capable de se transformer pour surprendre, toucher, raconter autrement. Ça me fait toujours un petit quelque chose et c'est une des raisons qui font que je suis amoureux de ce support.


Pour revenir au style de narration, les deux auteurs ont expliqué dans une interview qu’ils avaient cherché une narration fluide mais immersive, où les temporalités s’entrelacent pour mieux restituer l’intensité de ces trajectoires tourmentées. On est loin du simple biopic : ici, tout s’entremêle et résonne, à l’image de ces trois poètes qui se tournent autour, se rapprochent en s'éloignant, s'aiment en se détestant tout en restant toujours liés par ce rapport à l'écriture.


Parce que Les Illuminés parle avant tout de création. Qu’est-ce qui pousse un artiste à tout sacrifier pour son art ? Un thème cher à Dytar qui traduit ici cette quête à travers un dessin inspiré des photos d’époque. Il joue avec le réalisme, le flou, pour mieux capter cette époque bohème et tourmentée. Dans la même interview, il parle d’ailleurs de son approche quasi cinématographique du cadrage et de la lumière, influencée par les gravures d’époque.


Au final, tout cela nous donne une BD avec un fort pouvoir d'attraction, qui m'aura marquée par la force de sa narration et la beauté des dessins proposés. Mais aussi par la folie qui transpire à travers ces pages, témoignant de ces relations toxiques, à la fois destructrices et magnétiques.


Ben-Ardo
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Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes BD Franco-Frenchy : ho que oui, par ici mon petit ! et Les meilleures BD des années 2020

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le 21 févr. 2025

Critique lue 208 fois

Ben Ardo

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