L'histoire des comics adaptés de la franchise de films Alien remonte à 1988, soit deux ans après la sortie d'Aliens le retour. Les premiers comics Aliens scénarisés par Mark Verheiden et édités par Dark Horse Comics proposaient une suite au film de James Cameron (Aliens : Guerre pour la terre) aujourd'hui réunis dans un arc intitulé Aliens : la série originale. La sortie d'Alien 3 en 1991 rendit, du fait de la mort de Hicks, de Newt et de Ripley, cette série de comics non canon. Suivirent alors durant trois décennies plusieurs titres indépendants (Aliens LabyrinthAliens Alchimy) ainsi qu'un bon paquet de crossovers (Aliens vs PredatorBatman vs AliensJudge Dredd vs Aliens... Le Gendarme de Saint Tropez vs Aliens...).

Longtemps éditée par Wetta (Aliens Absolution, l'arc Le Feu et la roche), la franchise de comics Alien a finalement atterri chez Marvel au même moment où la Fox s'est vu rachetée par Disney. Désireuse de se distinguer de tout ce qui avait déjà été fait, Marvel relance alors en comics la franchise sous le titre Alien (on enlève le "s") et propose une nouvelle continuité qui a la mérite de prendre en compte TOUS les films de la saga (c'est à dire même le superbe et mal aimé Alien 3).


C'est le scénariste Phillip Kennedy Johnson qui eut d'abord la charge de réexplorer cet univers dès 2021. L'ambition du scénariste, par ailleurs ancien des forces spéciales (sacrée reconversion), est de s'écarter quelque peu des sentiers cinématographiques balisés pour explorer un versant peu développé de l'univers cinématographique : le fonctionnement de la Compagnie Weyland-Yutani, les différentes hybridations du xenomorphe, la révolte des androïdes.


Le premier tome de sa trilogie, intitulé Les liens du sang, prend pour protagoniste un chef de la sécurité de la Compagnie et s'inscrit dans la continuité des événements d'Aliens et d'Alien 3, dix ans après pour être plus précis. Ancien marine colonial ayant survécu aux xenomorphes, Gabriel Cruz a longtemps officié comme chef de la sécurité sur une station orbitale de la Compagnie. Atteint d'une maladie incurable, il est contraint de prendre sa retraite et de passer ses vieux jours sur Terre, dans une Amérique partagée entre le bloc des Amériques unies et le conglomérat Weyland-Yutani. Il voit bientôt son fils Danny revenir vers lui alors qu'ils s'étaient perdus de vue à la mort du fils cadet de Gabriel. Ayant toujours tenu Gabriel pour responsable et développé une haine pour ce que représente la Compagnie (un conglomérat de cons en costards cravates qui se font du fric en chiant sur la planète), Danny fait désormais partie d'un groupe éco-terroriste et dérobe la carte d'accès de son père. Son but : s'infiltrer avec le groupe d'activistes de sa compagne sur la station Epsilon, où il semblerait que la Compagnie développe un nouveau type d'arme de destruction massive. Prenant conscience des desseins de son fils et désireux de le sauver malgré lui, Gabriel se rend lui aussi sur Epsilon et va découvrir ce qu'y trament ses anciens employeurs.


Bon, comme on s'en doute, il s'agira à nouveau d'une station spatiale infestée de monstres. Mais l'intérêt de cette intrigue réside ailleurs, dans son contexte ainsi que dans sa volonté d'aborder l'univers d'Alien sous un autre angle. On découvre ainsi un peu mieux le fonctionnement de la Compagnie, par le biais du point de vue de Gabriel, on retrouve une figure connue à travers son psychiatre synthétique et on en apprend plus sur la géopolitique de ce 22ème siècle hypothétique. Même la mythologie du xenomorphe se voit bousculée, retravaillée, à l'aune de la défaite de Ripley.

Car oui, cette série de comics part du principe que Ripley a échoué, elle n'a pu empêcher la Compagnie de mettre la main sur le xenomorphe. Fort de cette découverte, celle-ci étudie le rythme biologique, le système reproductif et le potentiel de la créature dans une station spatiale lointaine, en attendant de pouvoir s'en servir à ses propres fins. Le xenomorphe ayant une apparence différente selon la nature de l'hôte dans lequel il a grandi, son aspect s'écarte ici de celui du premier film. Déjà dans Aliens, James Cameron prenait des libertés (les crânes nervurés des xenomorphes, la Reine) et Alien 3 nous présentait un monstre bien plus effilé et véloce puisque né d'un animal. Surtout, le scénariste pose les prémisses d'une origine mystérieuse à la créature, en rapport avec les deux préquelles de Ridley Scott (l'évocation de cette mère des monstres qui pourrait peut-être évoquer ce qu'il est advenu d'Elizabeth Shaw).


Si l'exposition nous propose une vision plus large de l'univers d'Alien tout en établissant une relation complexe entre Gabriel et son fils (ce qui servira de moteur narratif à toute l'intrigue), le restant de l'histoire s'avère plus classique dans sa structure en forme de huis-clos spatial. Le scénariste se permettra toutefois de faire évoluer la mythologie Alien jusqu'à redéfinir la place des modèles Bishop au sein de la Compagnie ainsi que la hiérarchie des androïdes (un aspect encore plus développé dans l'intrigue incluse dans le second tome). Des idées par ailleurs déjà développées dans les comics Aliens absolution et Le Feu et la roche. On assiste ici peut-être aux prémisses de la fameuse révolte des androïdes évoquée par Call dans Alien Resurrection.


S'appuyant sur les superbes illustrations photo-réalistes de Salvador Larroca, lequel rend parfaitement justice à l'univers d'Alien en en restituant la dimension science-fictionnelle réaliste (les locaux et stations de la Compagnie) et horrifique (les créatures sont superbes), Johnson réussit à proposer une suite alternative tout à fait passionnante à lire et dont on pardonnera les quelques menus défauts (dont l'incohérence des giclures du sang acide alien qui, ici, n'induit jamais aucune incidence). L'intrigue est addictive, l'approche innovante, et on ne peut qu'être ravi qu'un auteur ait enfin les couilles d'explorer des pistes narratives inédites de cet univers. Ce que viendra confirmer les deuxième et troisième tomes (Renouveau et Icare), tout aussi réussis. Les fans de cet univers ne pourront qu'être aux anges.

Buddy_Noone
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le 2 mai 2025

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Buddy_Noone

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