Humiliation et autodestruction
Tout commence par un suicide. Un homme jeune et visiblement ivre se tue au volant de sa voiture de sport. C'est la première d'une longue série de morts, dont aucune sera accidentelle.
Autant dire qu'on ne rit pas beaucoup à la lecture de cet album (en trois parties). Le personnage principal, Waldo Harland, est le témoin des affaires sales d'une richissime famille, les Sterling. Face à un père tyrannique (et fricotant avec le crime organisé), les enfants n'ont plus aucune liberté. Tout est déjà tracé pour eux. Les mariages sont arrangés, les sièges de directeur sont négociés, tout est fait. Comment faire pour exister dans une ambiance aussi étouffante ?
D'autres personnages naviguent autour des Sterling. Minski le truand, Bellita la star hollywoodienne, Alfredo sont amant violent, etc. Et, à chaque fois, le même rapport humain fondé sur la violence et l'humiliation des plus faibles, et sur l'autodestruction quand il ne reste que ça à faire. Car sombrer dans le pire des cloaques, c'est encore une forme de vengeance.
La reconstitution des USA des années 50 est très bien faite. Les dessins sont parfois surchargés, surtout au niveau des décors, mais ils sont souvent très beaux. Il y a de l'expressionnisme dans l'exploitation de ces décors, dans la façon de déformer les lignes, de ne pas respecter les règles des perspectives, etc. Dans les visages déformés également.
On a parfois l'impression que l'histoire est étirée artificiellement pour pouvoir tenir en trois volumes : il y a quelques passages à vide, des personnages en trop, des rebondissements bizarres. Mais l'ensemble passe bien, se lit vite et j'ai eu du mal à décrocher.